Collectif «Le Travail qui relie» : pour changer de cap social et environnemental
En deux heures ou deux jours, la formation proposée par ce collectif propose aux dirigeants et salariés de se reconnecter à eux-mêmes, aux autres et à la nature environnante. Une vraie bouffée d’air pour refaire corps au service de l’entreprise.
Le concept du Travail qui relie vient d’une citoyenne américaine, Joanna Macy. Dans les années 1980, cette écophilosophe est sensible à l’impact des problèmes socio-économiques et environnementaux sur les individus. Elle élabore alors une méthode pour renouer avec le potentiel de chacun et se remettre dans une action durable1. Avec le temps, le processus s’affine pour s’adapter au monde économique. «Parfois, c’est pas facile en entreprise. Les salariés peuvent être fatigués de leurs missions, distants les uns des autres, ou en perte de sens, car tiraillés entre injonctions économiques et exigences environnementales. Dans ce cas, c’est le bon moment», explique Laurent Motte cofondateur du collectif Le Travail qui relie Hauts-de-France, «le moment pour se poser et recréer du lien, pour mieux repartir au service d’un plan d’actions, d’une transformation RH ou d’une politique RSE». Une manière aussi d’aller au-delà des simples éco-gestes ou des Fresques du climat, première sensibilisation pratique et scientifique aux enjeux écologiques.
Quatre étapes pour se reconnecter
Coach et fin connaisseur du tissu économique régional, Laurent Motte personnalise la session, toujours en quatre temps : «d’abord reconnaître ce qui va bien dans l’entreprise, puis accueillir les ressentis pour renforcer la cohésion, ouvrir de nouvelles perspectives face aux défis et enfin se mettre en mouvement avec des actions concrètes». La force de la démarche, c’est son cadre sécurisant : «Les participants sont libres de parler ou non, tout est confidentiel et on donne du sens aux émotions déposées. Les personnes sont alors authentiques». Chacun repart ensuite avec de nouveaux défis personnels et collectifs à relever.
Le temps d’une après-midi, en 2023, le cabinet de consultants lillois Valeur & Valeurs a ainsi proposé à ses salariés de réaliser cet atelier dans un parc. L’objectif était de renouer les liens entre équipes de consultants et personnel administratif. Sa dirigeante Amélie Fenzy se souvient : «Juste avant l’atelier, j’ai trouvé inconfortable d’organiser une journée que l’on pourrait qualifier d’improductive. Mais cela s’est très vite dissipé. Au contraire, nous avons expérimenté des moments forts». Et créatifs, comme ce temps en équipe pour construire un objet avec la nature environnante… un parallèle intéressant avec l’entreprise qui doit parfois se réinventer avec les moyens du bord. De son côté, le réseau d’entreprises APM a proposé aux adhérents de rencontrer la septième génération : «le groupe a été coupé en deux : le premier représentait la future génération 2225, qui interpellait l’autre groupe incarnant la génération 2025. L’occasion de s’interroger sur la pérennité des décisions des chefs d’entreprises» évoque Laurent Motte.
Une brique dans une démarche de long terme
Tout ça pour quel résultat ? Pour Amélie Fenzy, «je n’en attendais pas de déclic direct. Mais c’est un pas dans une démarche globale de long terme, au service de liens plus forts entre nous, pour accompagner notre transformation». Des ateliers sont ouverts aussi aux particuliers et professionnels indépendants comme Alice : «J’ai vu mon niveau d’éco-anxiété diminuer et ça m’a reboostée dans mon activité». Par contre, pour Amélie Fenzy, c’est tout sauf un outil anti-crise. Constat partagé par Laurent Motte : «On n’est pas là pour régler la baisse de profit. En revanche, nous accompagnons l’entreprise dans un changement de cap social et environnemental».
Un collectif engagé
Le concept du Travail que relie est disponible en open source mais n’est malheureusement pas régulé par une autorité reconnue. Pour autant, le collectif du Travail qui relie Hauts-de-France (trois coachs et facilitateurs) peut se prévaloir d’avoir accompagné depuis 2022 près de 500 personnes (Convention des Entreprises pour le Climat, le réseau APM, Acts & Facts, Valeur & Valeurs, le Département du Nord…). Le collectif propose par ailleurs un atelier 100% extérieur La marche du temps profond dont ont bénéficié déjà 200 personnes (Cofidis, Bonduelle, Leroy Merlin …). Le collectif est rattaché à un réseau national ateliersdetravailquirelie.net.