Légère croissance en vue pour l'économie française en 2026
En 2026, l'économie française devrait connaître une croissance de 1%, selon les prévisions de l'Insee. Une tendance essentiellement portée par l'investissement des entreprises ; les ménages, pessimistes, hésitant à consommer.
« Consolidation modérée, croissance ravivée ». En synthèse, voici l'évolution de l'économie française en 2026, d'après l'Insee. L’institut de statistique a intitulé ainsi sa « Note de conjoncture », rendue publique le 17 décembre 2025, lors d'une conférence de presse à Paris. « La situation s'éclaircit un peu », commente Clément Bortoli, chef de la division synthèse conjoncturelle à l'Insee. Au premier semestre 2026, en effet, le PIB progresserait de 0,3% par trimestre. Sur l'année, la croissance pourrait donc dépasser les 1% . L'Insee rejoint en cela les prévisions de la Banque de France (1%). En 2025, le taux de croissance attendu se limite à 0,9 %, après un dernier trimestre marqué par une hausse de 0,2%.
L'évolution de l'économie française s'inscrit dans un scénario international où le commerce mondial devrait retrouver une légère croissance (+ 0,6%, par trimestre) ce premier semestre 2026, après les turbulences de l'année passée. En 2025, en effet, les exportations chinoises ont continué de croître en dépit de la fermeture des Etats-Unis, se reportant vers l'Asie du Sud-Est et l'Europe. Celle-ci, « la grande perdante des tensions commerciales » selon les termes de Clément Bortoli, a vu la concurrence chinoise s'intensifier et le marché américain se réduire. Des tendances qui devraient se poursuivre en 2026, d'autant que les Etats-Unis connaîtraient un ralentissement de leur consommation. Pour autant, un faisceau de facteurs favorables à l'activité se dégagent pour l'Europe. Ils redonnent de l'optimisme aux industriels quant aux perspectives d'évolution de la demande. « Le plan de relance allemand pour 2026, combiné à l'effort commun de défense et au dernier versement du plan de relance européen sont susceptibles de relancer l'activité sur le continent », analyse Clément Bortoli.
Le moteur de l'investissement
Mais si le commerce extérieur devrait apporter sa contribution à l’UE, en France, c'est l'investissement des entreprises qui constituerait le moteur principal de la croissance cette année. Bien qu' inférieur à sa moyenne de long terme – depuis l'été 2024- , le climat des affaires s'est amélioré. En outre, les entreprises ont recommencé à investir. « L'abaissement des taux directeurs initiés par la BCE en juin 2024 semble produire ses effets », estiment les analystes de l'Insee. Les investissements ont nettement augmenté à l'été 2025 ( +0,8%, après + 0,2% au deuxième trimestre 2025). Cette tendance devrait se poursuivre en 2026 ( +0,3% au premier trimestre, +0,4% au deuxième). Une hypothèse de +1,4% sur l'année est envisagée par l'Insee. Elle succéderait à la croissance étale de l'année 2025 et à la baisse (-2,4%) de 2024.
Chez les ménages aussi, pour 2026, l'Insee constate une tendance à l'investissement favorable, dont témoigne la forte hausse des mises en chantier de logements et des permis de construire ( pour des maisons individuelles ), qui partent d'un très bas niveau. En revanche, Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l'Insee souligne une « une ombre persistante au tableau, la consommation des ménages patine toujours ». Elle ne devrait augmenter que de 0,3% par trimestre jusqu'à mi-2026, après une année 2025 de stagnation. Plusieurs facteurs convergent, qui nourrissent cette tendance. A commencer par un pouvoir d'achat qui va progresser moins vite que l'activité. L'évolution sur le marché du travail ne favorise pas non plus la consommation. Le taux de chômage, en légère augmentation, devrait atteindre 7,8% de la population active mi-2026, contre 7,5% fin 2025. A rebours, chez les ménages, le taux d'épargne reste à des niveaux records ( 18,1 % mi-2026). En 2019, il s'établissait à 15%.
Pessimisme persistant
L'étude de l'Insee apporte un éclairage sur une variable aux impacts majeurs. A l'été 2024, date à laquelle l'Assemblée Nationale a été dissoute, Dorian Roucher, constate qu'il y a eu un « vrai décrochage » dans la courbe du pessimisme en France, mais il observe que les entreprises et les ménages n'ont pas suivi la même trajectoire. A l'été, le climat des affaires est descendu d'une marche très nette, mais il est ensuite remonté. En revanche, chez les ménages « le pessimisme a mis longtemps à se diffuser, mais il a ensuite persisté », décrit , Dorian Roucher. Cette incident s'inscrit dans une tendance établie depuis la pandémie celui d'un « pessimisme collectif spécifique à la France », qui n'existe ni en Allemagne, ni en Italie, sans rapport évident avec la situation objective du pays. Résultat, en 2025, 64% des ménages estiment que la situation économique générale du pays va se dégrader.
Autre constat, la proportion des Français préoccupés pour la situation économique du pays, mais plutôt optimistes pour la leur, a très fortement augmenté : elle est passée de 23% avant la pandémie à 43% aujourd'hui. Or, très logiquement, cette population est celle qui épargne le plus volontiers. La libération de cette épargne comme réservoir de croissance semble un « aléas » peu probable de bouleverser les prévisions de l'Insee. A contrario, une augmentation du taux de chômage imprévue pourrait renforcer encore le recours à l'épargne.
Parmi les autres aléas identifiées par l'Insee figure l'imprévisibilité de la politique américaine, et pour la France, les incertitudes sur la politique budgétaire . La note de conjoncture s'est basée sur l'hypothèse d'une consolidation budgétaire inférieure à celle envisagée initialement par le gouvernement. A ce titre, la loi spéciale sur le budget de l’État, qui maintiendrait les crédits à leur niveau de 2025 aurait « peu d'impact sur le scénario de l'activité », a conclu Dorian Roucher, sur ce qui n’était alors qu’une éventualité...