En bref

Les parents d'Inass Touloub, la "petite martyre de l'A10", jugés 39 ans après sa mort

Le procès des parents d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher...
La tombe d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10, au cimetière communal de Suèvres, dans le Loir-et-Cher, le 1er octobre 2026 © Alain JOCARD

La tombe d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10, au cimetière communal de Suèvres, dans le Loir-et-Cher, le 1er octobre 2026 © Alain JOCARD

Le procès des parents d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois, 39 ans après les faits.

Les deux accusés, qui comparaissent libres, sont arrivés séparément. La mère, âgée de 72 ans, est arrivée cachée dans son écharpe. Le père, 74 ans, a monté les marches du palais de justice avec difficulté, une canne en main et le visage derrière un masque chirurgical noir.

A la pause déjeuner, la mère a été prise à partie par une poignée de membres du collectif Mouv'Enfants, qui avait organisé une action devant le tribunal avant l'audience. Ils l'ont suivie sur une centaine de mètres à sa sortie du palais en criant "Justice pour Inass" ou "la honte".

Au moins trois policiers ont dû maîtriser Arnaud Gallais, le président du collectif.

Les accusés, désormais séparés, n'ont pas échangé le moindre regard, restant immobiles et impassibles durant la première matinée de procès. Les débats ont porté sur la demande de la défense, finalement rejetée, d'interrompre la diffusion de l'audience dans une deuxième salle, et sur les demandes de constitution de parties civiles.

Celle déposée par la commune de Suèvres, où est enterrée la petite Inass depuis des décennies, a été contestée par les avocats de la défense et des avocats des autres parties civiles. Me Eleonore Terrien-Freneau, avocate de la fratrie d'Inass a qualifié la constitution de partie civile de Suèvres de "nauséabonde" et "indigne".

Disparition

Elle a aussi indiqué que ses clients avaient formulé le souhait "d'offrir un autre lieu de repos (à Inass Touloub) ailleurs qu'à Suèvres", où elle est enterrée depuis 1987, pour qu'elle ait "une sépulture en correspondance avec ses liens familiaux".

"Il y a des propos qui n'honorent pas ceux qui les tiennent", a réagi auprès de la presse Me Jean Sannier, avocat de la commune.

Jugés respectivement pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort" sans intention de la donner et pour "complicité", la mère et le père d'Inass Touloub, encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité à l'issue de ce procès qui doit durer jusqu'au 18 novembre.

L'affaire démarre le 11 août 1987 avec la découverte de la dépouille mutilée de la fillette dans un fossé de l'A10 par deux agents de l'autoroute à Suèvres, village du Loir-et-Cher entre Orléans et Tours.

Personne n'avait signalé sa disparition.

Le corps portait des traces de violences, dont des brûlures dues à un fer à repasser et des cicatrices liées à des morsures humaines, attribuées à une femme, selon les constatations des médecins légistes consultées par l'AFP.

À court de pistes, la gendarmerie avait lancé le plus grand appel à témoin jamais initié en France pour tenter d'identifier la fillette dans une trentaine de pays. Sa photographie avait été placardée dans 65.000 écoles et 30.000 mairies.

 

Fleurie

 

Deux ordonnances de non-lieu avaient été rendues en 1991 et 1997 après des recherches infructueuses.

Plus de 30 ans après les faits, la victime est identifiée et ses parents interpellés en juin 2018, grâce à un prélèvement ADN effectué sur un des frères de la victime dans une autre affaire de violence.

Il faudra pourtant attendre huit années de plus avant la tenue d'un procès.

Halima El Bakhti, la mère, devra répondre d'actes "volontaires, nombreux et échelonnés dans le temps" ayant conduit à la mort de sa fille, selon un rapport des enquêteurs consulté par l'AFP.

Pendant leur garde à vue, les parents, qui ont eu au total sept enfants, dont Inass, n'ont pas reconnu être les auteurs des violences ayant entraîné la mort de leur fille, s'accusant mutuellement de violences conjugales.

La petite Inass, qui serait aujourd'hui âgée de 43 ans, repose au cimetière de Suèvres, où sa tombe est encore régulièrement fleurie.

"Enfin ! C'est le grand jour d'un procès que nous avons attendu si longtemps", s'est réjoui lundi auprès de l'AFP Raphaël Pilleboue, ancien maire de Suèvres et gardien de la mémoire de la fillette.