Louis Aliot, réélu dimanche maire de Perpignan, est un ancien proche de Jean-Marie Le Pen qui a joué un rôle déterminant dans la "dédiabolisation" du RN aux côtés de Marine, la fille de cette figure historique de l'extrême droite.
Né à Toulouse en 1969, cet orateur fils d'un plâtrier et d'une rapatriée d'Algérie, qui faisaient partie des 0,75% de Français ayant voté pour Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 1972- grandit en Ariège dans un département dirigé par les socialistes.
A 19 ans, en 1988, il assiste à un meeting de Jean-Marie Le Pen, auquel l'avait emmené sa mère, puis prend sa carte du Front National.
Très actif contre la sécession de Bruno Mégret de 1999, il sera successivement élu conseiller régional de Midi-Pyrénées (1998-2010), puis de Languedoc-Roussillon (2010-2015) et député européen (2014-2017).
Dès les années 1990, "il défend déjà la ligne qu’il portera à l’échelle nationale après 2002 et que les médias ont surnommée +la dédiabolisation+ : refus du négationnisme, de l'antisémitisme, d'une conception ethno-raciale de la nationalité, invocation de la République et de la lutte contre le communautarisme", écrit le chercheur de l'université de Montpellier, spécialiste des extrêmes droites, Nicolas Lebourg, dans l'ouvrage collectif "Perpignan, déclassement et droitisation".
-"Dimension opportuniste"-
En 1999, Louis Aliot devient directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen, puis coresponsable de sa campagne présidentielle en 2002, où cette figure historique de l'extrême droite arrive au deuxième tour, avant d'être battu par Jacques Chirac.
Alors qu'il vient d'obtenir son doctorat en droit avec une thèse sur "les effets de l'élection du président de la Cinquième République au suffrage universel", il contribue, entre autres, à la rédaction des discours de campagne du cofondateur du Front national (FN), l'ancêtre du Rassemblement national (RN).
"C'était le leader. C'est la dimension opportuniste de Louis Aliot (...) Ca fait partie d'une stratégie de légitimation interne au parti, qui ne préjuge pas d'une vision très personnelle et en partie différente de celle de Jean-Marie Le Pen sur le rapport au pouvoir, à la conquête du pouvoir et aux compromis nécessaires pour le faire", note Emmanuel Négrier, directeur du Centre d'études politiques et sociales de l'Université de Montpellier.
Par la suite, nommé secrétaire général du FN en 2005, Louis Aliot écarte les membres les plus radicaux, amenant ses détracteurs à le surnommer "Loulou la purge".
S'il fait partie des premiers à condamner les provocations verbales de Jean-Marie Le Pen, cet amateur de rugby vote cependant contre son exclusion en 2015 et interpelle des jeunes militants coupables à ses yeux de lèse-majesté envers les vétérans du parti.
-"Siphonner la droite"-
Divorcé, père de deux enfants, il est, entre 2009 et 2019, le compagnon de Marine Le Pen, dont il accompagne l'ascension à la tête du FN.
A Perpignan, il échoue à conquérir la mairie en 2008 et en 2014. Après trois échecs successifs, il gagne les législatives de 2017 et devient député, puis conquiert la mairie pour la première fois en 2020.
Depuis, seul maire RN d'une ville de plus de 100.000 habitants, il assure traiter "tous les quartiers de la même manière", en leur accordant "les mêmes moyens", alors que SOS Racisme, à l'instar d'autres associations, l'accuse de favoriser les discriminations, notamment en diminuant les aides à certaines structures implantées dans les quartiers populaires.
Estimant avoir "siphonné la droite", il reçoit, peu avant sa réélection, le ralliement de son prédécesseur de droite, Jean-Marc Pujol, accusé par ses adversaires d'avoir géré de manière clientéliste des HLM, des emplois municipaux ou des subventions aux associations.
Alors "qu'il a construit son leadership contre une décomposition avancée de la droite", Louis Aliot, en acceptant ce ralliement "s'affiche de manière claire aujourd'hui" dans une certaine continuité vis-à-vis de cette même droite, estime Emmanuel Négrier.