C’est un investissement majeur mais plusieurs fois repoussé qui a été annoncé le 10 février. ArcelorMittal va construire sur son site de Grande-Synthe (situé en proximité immédiate de celui de Mardyck) le plus gros four électrique d’Europe. Celui-ci va remplacer l’un des hauts fourneaux du site d’ici 2030 afin de produire de l’acier sans charbon et assurer sa pérennité. Une véritable révolution avec changement complet de process dont l’enjeu est de réduire de façon drastique les émissions de CO2. La combustion du charbon dans les hauts fourneaux est, en effet, très émettrice de CO2 qui contribue au réchauffement climatique.
L’investissement de 1,3 milliard d’euros sera financé pour moitié par l’État, via le mécanisme de certificat d’économie d’énergie, un dispositif qui oblige les fournisseurs d’énergie à financer des projets visant à réduire la consommation d’énergie.
Le four, d’une capacité de production de deux millions de tonnes d’acier par an, doit démarrer dans le courant de 2029. Il fonctionnera à 60% avec de l’acier recyclé. Cela lui permettra de diviser par trois les émissions de CO2 du site de Grande-Synthe. Sa mise en service n’aura aucune conséquence sur la capacité de production qui se situera toujours à environ 5,5 millions de tonnes d’acier par an.
Un projet plus modeste mais porteur d'espoir
Initialement, le projet tel qu’annoncé en 2024, portait sur la construction de deux fours électriques pour un investissement de 1,8 milliard d’euros. Il devait être complété par une Unité Directe de Réduction de fer (DRI), c’est-à-dire de réduction du minerai de fer via l’hydrogène à la place du charbon. Les émissions de CO2 auraient alors été proches de zéro. Toutefois, la crise que connaît l’acier européen actuellement, en raison d’une baisse de la consommation et des exportations massives d’acier asiatique, a contraint le sidérurgiste à revoir ses ambitions à la baisse.
Si ArcelorMittal consent aujourd’hui à se lancer officiellement dans la décarbonation, avec un projet plus modeste toutefois, c’est parce que “des progrès ont été accomplis par la Commission européenne avec des restrictions sur les importations d’acier en Europe et un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, pour éviter une concurrence déloyale d’aciéristes non soumis aux mêmes règles”, souligne le sidérurgiste. Des avancées importantes qu’Emmanuel Macron n’a pas manqué de rappeler lors de sa visite : “On met des quotas en place. Si plus de 13 % du volume européen est importé, on met 50 % de droit de douane. Parce que ça veut dire qu’on est en train de casser l’industrie européenne”. ArcelorMittal a également signé en décembre 2025 un contrat avec EDF lui garantissant pour une durée de 18 ans un coût énergétique compétitif et il a annoncé avoir doublé ses bénéfices en 2025 par rapport à 2024.
Devant les syndicats qui déplorent toujours “un investissement qui arrive avec deux ans de retard et bien inférieur aux promesses initiales”, le chef de l’Etat assume : “On aurait pu se retrouver à expliquer comment restructurer et recycler des emplois. Là, on parle d’investir et de décarboner”, a-t-il insisté, avant de replacer ArcelorMittal dans une dynamique plus large de transformation : “Notre industrie est en train de repartir. On continue de créer de l’emploi industriel parce qu’on innove”.