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Macron vante à Tokyo la "prévisibilité" de l'Europe face à l'imprévisibilité de Trump

Emmanuel Macron a vanté mercredi à Tokyo la "prévisibilité" de l'Europe par contraste avec un Donald Trump jugé "imprévisible", notamment pour avoir lancé une guerre au Moyen-Orient sans "consulter" ses alliés, pourtant frappés...
Le président français Emmanuel Macron s'exprime à la Tokyo Innovation Base (TIB) à Tokyo, le 1er avril 2026 © Ludovic MARIN

Le président français Emmanuel Macron s'exprime à la Tokyo Innovation Base (TIB) à Tokyo, le 1er avril 2026 © Ludovic MARIN

Emmanuel Macron a vanté mercredi à Tokyo la "prévisibilité" de l'Europe par contraste avec un Donald Trump jugé "imprévisible", notamment pour avoir lancé une guerre au Moyen-Orient sans "consulter" ses alliés, pourtant frappés de plein fouet par son impact économique.

Le président français a profité d'un entretien accordé à la chaîne japonaise NHK pour répondre aux critiques de son homologue américain, qui avait accusé la veille la France d'avoir été "très peu coopérative" dans ce conflit. Donald Trump avait déploré qu'elle n'ait "pas laissé des avions à destination d'Israël, chargés d'équipement militaire, survoler le territoire français".

"C'est tout à fait vrai que la France, qui n'a pas été consultée et qui ne fait pas partie de cette offensive militaire lancée par les États-Unis et Israël, n'y prend pas part", a-t-il dit. "C'est vrai depuis le premier jour, donc il ne faut pas s'en étonner."

Auparavant, devant des investisseurs nippons, au deuxième jour de sa visite au Japon, Emmanuel Macron avait reconnu que l'Europe pouvait "être regardée comme un continent qui est plus lent que d'autres".

Mais "la prévisibilité a de la valeur, et nous, nous l'avons montré toutes ces dernières années, et oserai-je dire encore ces dernières semaines: nous sommes là où vous savez que nous irons", a-t-il ajouté. "C'est pas mal, par les temps qui courent, croyez-moi", a-t-il ironisé.

Il a critiqué au contraire ceux qui disent "nous, on va beaucoup plus vite", mais "vous ne savez pas si après-demain ils seront encore à cet endroit et si demain ils ne vont pas prendre une décision qui peut vous heurter sans même vous prévenir".

Apaisement rapide

Une allusion à l'offensive contre l'Iran, dont la riposte bloque de facto le détroit d'Ormuz, dans le Golfe, voie maritime de passage du pétrole exporté depuis le Moyen-Orient.

Le Japon dépend de cette région pour 95% de ses importations de brut et souffre donc des répercussions du conflit, qui a fait flamber les coûts de l'énergie et touche ainsi également l'Europe.

Après avoir rencontré dans l'après-midi la Première ministre nippone Sanae Takaichi, Emmanuel Macron a évoqué leur coopération face à cette "crise énergétique".

"Nous croyons ensemble au droit international" et "aux valeurs démocratiques", "c'est ce qui fait que (...) nous défendons l'un et l'autre le retour à la paix, au cessez-le-feu", "à la libre circulation à travers le détroit d'Ormuz", a-t-il insisté à ses côtés.

Sur NHK, il a de nouveau estimé que la France et le Japon, avec d'autres pays, pouvaient "jouer un rôle" de sécurisation du détroit à l'avenir, "justement" car ils ne participent pas au conflit.

Sanae Takaichi, qui a également souligné leurs "valeurs" partagées, lui a fait écho en appelant à un "apaisement rapide" et à "garantir la sécurité de navigation".

Un peu plus tard dans la journée Donald Trump a assuré sur son réseau Truth Social que l'Iran avait demandé un cessez-le-feu mais indiqué qu'il n'envisagerait un arrêt des hostilités qu'après la réouverture du détroit d'Ormuz.

Sur le plan économique, objectif initial de sa première visite bilatérale au Japon en neuf ans de mandat après trois déplacement pour des événements internationaux, le président français a exhorté à un renforcement des partenariats.

Une feuille de route a été signée sur l'accès aux minerais critiques, une autre sur la coopération de défense, tandis que des projets communs sont mis en avant, sur une méthode inédite de cryptage par ADN ou sur la lutte contre les débris spatiaux.

Emmanuel Macron a assuré voir une convergence entre "la stratégie française et européenne" et "la stratégie japonaise", visant à éviter de "dépendre de puissances hégémoniques", et "parfois un peu imprévisibles", la Chine et les États-Unis.

La nouvelle dirigeante japonaise, première femme à la tête de l'archipel, s'est imposée avec des positions ultranationalistes et conservatrices. Si elle n'a pas ménagé ses efforts pour afficher ses affinités avec Donald Trump, Sanae Takaichi s'est en revanche attiré la colère de Pékin par ses positions très affirmées sur la scène diplomatique asiatique.

Le président français a plaidé pour que "le lien entre le Japon et la France" devienne "la base" d'une "coalition des indépendants", telle qu'il l'avait esquissée l'an dernier à Singapour, entre les pays européens, des États asiatiques et quelques grands émergents comme l'Inde et le Brésil.

Le déplacement au Japon se terminera jeudi avec un déjeuner d'Emmanuel et Brigitte Macron avec l'empereur Naruhito et l'impératrice. Il se rendra ensuite en Corée du Sud jusqu'à vendredi.