Des commerces déjà barricadés ou contraints d'improviser, des blindés Centaure, la place de la Bastille évacuée quand la porte d'Italie se remplit, un manifestant qui appelle à s'aimer, ...
Choses vues et entendues par les journalistes de l'AFP.
Police au mégaphone place de la Bastille
Place de la Bastille à Paris, où ne passera finalement pas le cortège, la présence policière était très importante en fin de matinée. Il y avait aussi beaucoup de journalistes, dont une équipe de télévision sud-coréenne.
Un policier au mégaphone fait une annonce en boucle: "la manifestation place de la Bastille a été interdite par la préfecture. J'invite ceux qui veulent manifester à se rendre porte d'Italie et à quitter immédiatement la place de la Bastille".
Curiosité
Dans l'hypercentre de Grenoble, zone interdite de manifestation, les boutiques sont ouvertes samedi en milieu de matinée et les gens vaquent à leurs achats, mais des agents de sécurité sont présents devant certains commerces, a constaté l'AFP.
François-Xavier Chambron, employé d'un bar en vue place Grenette, dit qu'il va quand même ouvrir, contrairement à d'autres établissements, "parce qu'il y a déjà des gens qui vont vouloir manger à midi", ainsi que "des gens un peu qui vont sortir pour aller boire le café et se balader en ville, histoire de voir, parce que ça fait toujours un peu de curiosité".
"Même avec cette peur, on ne lâche pas"
Pendant une conférence de presse de la coordination lycéenne toulousaine, à la Bourse du travail de Toulouse samedi matin, Ella, 17 ans, scolarisée au lycée Marcelin Berthelot de Toulouse, souligne qu'"au vu de ce qui s'est passé le 17 et de la répression qu'on a subie, qui était horrible, (...) il y a peut-être des gens qui ne vont pas être chauds pour venir aujourd'hui, peut-être qu'ils vont se dire qu'ils ont peur".
"Et c'est normal, moi je le comprends totalement, moi aussi j'ai peur de ce qui peut m'arriver en manifestation actuellement. Mais en fait, faut pas qu'on lâche. Même avec cette peur, on ne lâche pas."
Aimez-vous
Devant le panneau de l'esplanade du Souvenir français à Orléans, un manifestant, bonnet rouge sur lequel est écrit "France" et cigarette à la main, tient une pancarte sur laquelle est inscrit "Aimez-vous".
La ville est le point d'orgue de ce nouveau samedi de mobilisation: elle accueille le congrès du Rassemblement national, contre lequel 11.000 manifestants ont été comptabilisés à midi par la préfecture.
Dans le cortège: le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko, le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, la députée écologiste Clémentine Autain, ou encore la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet.
En bus direction Orléans
Il est 7h30, au pied de la gare RER de la Plaine Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), plusieurs dizaines de militantes et militants, notamment de l'organisation féministe NousToutes, montent à bord de deux bus blancs, direction Orléans.
Il fait encore nuit, les traits sont tirés, mais les activistes sont déterminés à faire entendre leur voix contre le Rassemblement national.
"On rappelle que le RN lutte contre l'ensemble des droits pour lesquels nous, on se bat", cingle Iola, 38 ans, de NousToutes.
"Je n'arrive pas à trouver de cortège"
Un étudiant de 21 ans et ses trois amies attendent près de l'université Lyon 2 en fin de matinée. Il souhaite rester anonyme: "je veux manifester, peu importe que l'arrondissement soit interdit de manifestation ou pas, parce que je trouve ça injuste et contraire au droit de manifester".
"Les forces de l'ordre sont très mobiles. Du coup je n'arrive pas à trouver de cortège depuis le début de la matinée. (...) Ils arrivent à disperser les cortèges avant même qu'ils apparaissent", souligne-t-il.
Il ajoute que contrairement au 17 octobre, "les informations relayées sur les réseaux ont du mal à se concrétiser", et "du coup on s'échange des informations comme des criminels. On est par petits groupes, par binôme, on essaye de se partager les infos, trouver des gens mais c'est très compliqué".
"Moins de commerces sur les Maréchaux que dans le centre de Paris"
Autour de la Porte de Vincennes, lieu d'arrivée de la manifestation, très peu de commerces étaient barricadés avec des plaques en bois peu avant midi, a constaté un journaliste de l'AFP. Beaucoup ont cependant le rideau baissé, et plusieurs boutiques ont mis en vitrine des affichettes pour prévenir les clients de leur fermeture inhabituelle.
"J'espère qu'il n'y aura pas de casse", relève Dominique, employé d'une agence de location de véhicules et qui ne souhaite pas donner son nom: "il y a beaucoup moins de commerces sur les Maréchaux que dans le centre de Paris, c'est peut-être une bonne solution, je ne sais pas".
La circulation n’était pas encore interrompue peu avant midi, et la présence policière peu nombreuse. Des véhicules garés étaient enlevés par les forces de l'ordre. Quant aux tramways qui longent le parcours, ils ont été interrompus entre les arrêts Montsouris et Porte de Montreuil, jusqu'à dimanche matin.
"Improvisation" pour les commerçants
"On va improviser un peu comme tout le monde j'ai l'impression. (...) On a sécurisé au maximum et après on va sûrement fermer à 13h et on va rester dans les parages pour surveiller", a dit à l'AFP Armelle Gueganton, libraire et secrétaire de l'association des commerçants de la rue du Rendez-vous/rue Marsoulan, dans le XIIe arrondissement.
La préfecture de police a imposé vendredi un parcours de la Porte d'Italie à la Porte de Vincennes, en lisière de Paris: ce parcours "est extrêmement étroit et il y a une station essence quasiment à la fin du parcours, je me demande s'ils ont Google maps à la préfecture quand ils autorisent des parcours comme ça".
En terrasse avant la manif
A Marseille samedi en début de matinée, de nombreux fourgons de CRS sont stationnés aux abords de la préfecture des Bouches-du-Rhône, du Vieux-Port, de grands centres commerciaux. Au moins deux engins blindés "Centaure" et un lanceur d'eau sont présents en centre-ville, a constaté un journaliste de l'AFP.
Ludovine, 45 ans, et sa fille Aliyah, 22 ans, sont venues de Carpentras et se sont installées en terrasse près du Vieux Port pour attendre la manifestation de 14h. Elles ont confectionné une pancarte "nous sommes en guerre !!! contre ce gouvernement corrompu ! tapez sur les pédophiles et les violeurs, pas sur nos jeunes !!"
Agents de sécurité privée
À Lyon, vers 9h30, un hélicoptère de la gendarmerie survole la ville. Autour de la préfecture des gendarmes patrouillent, deux véhicules blindés Centaure sont stationnés.
Des palissades recouvrent de nombreuses vitrines. Des agents de sécurité privée sont postés devant l'entrée de plusieurs boutiques. A différents endroits des fourgons de CRS sont stationnés en enfilade.
Peu avant 11h, des grenades lacrymogènes ont été lancées pour disperser un groupe d'environ 150 personnes à proximité de l'université Lyon 3, en limite du périmètre au sein duquel la préfecture du Rhône a interdit tout attroupement, alors que les manifestants venaient de se mettre en travers de la rue pour bloquer la circulation.