En bref

"Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté": en appel, la professeure d'Evaëlle nie tout harcèlement

Humiliations, brimades, stigmatisations: devant la cour d'appel de Versailles, la professeure d'Evaëlle, une collégienne de 11 ans qui s'est suicidée en 2019, a nié...
Les parents d'Evaëlle arrivent au tribunal de Versailles, le 9 février 2026 pour le procès en appel pour harcèlement de l'enseignante de leur fille © Alain JOCARD

Les parents d'Evaëlle arrivent au tribunal de Versailles, le 9 février 2026 pour le procès en appel pour harcèlement de l'enseignante de leur fille © Alain JOCARD

Humiliations, brimades, stigmatisations: devant la cour d'appel de Versailles, la professeure d'Evaëlle, une collégienne de 11 ans qui s'est suicidée en 2019, a nié lundi matin tout harcèlement scolaire.

"Il m'arrivait de répondre sèchement à des élèves mais je n'ai jamais ciblé un élève en particulier", a déclaré très calmement à la barre la professeure de français d'Evaëlle, vêtue d'un tailleur marron à rayures.

A plusieurs reprises, l'enseignante, aujourd'hui à la retraite, a maintenu sa version des faits: "Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider au contraire".

"Oui, je lui ai fait des remarques sur son travail, sur le fait qu'elle faisait autre chose pendant la classe, mais comme je le faisais avec d'autres élèves", a-t-elle poursuivi.

Pire journée

Evaëlle, une élève décrite comme précoce, atypique et ayant du mal à entrer dans le moule, s'est pendue dans sa chambre du pavillon familial à Herblay (Val-d'Oise) en juin 2019. 

Depuis son entrée en sixième au collège Isabelle-Autissier de la ville, les problèmes s'étaient multipliés pour l'adolescente, déjà victime de brimades au primaire.

Victime de violences et d'insultes de la part de ses camarades, elle faisait face à des tensions avec sa professeure de français. 

Elle était rentrée un jour bouleversée chez elle après une journée au collège où l'enseignante avait demandé à tous les élèves de la classe de répondre à la question: "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue?". Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions.

A ses parents, Evaëlle avait évoqué la "pire journée de (sa) vie". 

"La mettre au centre de cette séance de vie de classe, vous pensiez que ça allait pouvoir bien se passer?", interroge la présidente de la cour d'appel, interloquée par la méthode de l'enseignante. 

"Ecoutez, il y a eu des avancées je pense, le but c'était de résoudre les problèmes entre élèves", a-t-elle justifié.

-"Elle s'en prend aux faibles"-

Pendant de longues minutes, la professeure de français a écouté les nombreuses déclarations des élèves de 6eE, entendus pendant l'enquête et lues à l'audience.

Un enfant avait déclaré que l'enseignante "faisait beaucoup de remarques à Evaëlle, elle lui criait souvent dessus". "C'était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu'elle s'en prend aux faibles", avait mentionné une autre camarade de classe.

Au premier rang, les parents d'Evaëlle écoutent ces récits qu'ils connaissent par coeur, sans quitter des yeux la prévenue. A leurs côtés, deux lycéens qui ont également porté plainte pour harcèlement contre l'enseignante pour son comportement envers eux alors qu'ils étaient en classe de 6e, la même année qu'Evaëlle. 

"Il faut que la justice fasse son travail qui est de désigner un coupable et de montrer qu'elle peut protéger les personnes qui sont victimes du harcèlement d'un professeur", a déclaré à la presse la mère d'Evaëlle à son arrivée à la cour d'appel de Versailles.

En avril 2025, la professeure de français a été relaxée au terme d'un procès éprouvant à Pontoise (Val-d'Oise). 

Le tribunal avait estimé que les éléments retenus contre l'enseignante étaient jugés "discordants, indirects, peu précis " ou relevant simplement de " comportements appropriés et légitimes pour l’exercice de l’autorité d’un enseignant en classe ".

Le ministère public, qui avait requis 18 mois de prison avec sursis contre la professeure d'Evaëlle, avait fait appel du jugement. 

Le procès en appel doit se poursuivre avec le témoignage des parents de la collégienne décédée et d'experts en harcèlement scolaire.

Depuis une loi de mars 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit.