Depuis une dizaine d’années, la santé s’est progressivement digitalisée. «Quoi que l’on puisse en dire ou en penser, c’est aujourd’hui l’un des principaux leviers d’amélioration des pratiques», souligne le professeur Gilles Dequen, vice-président Recherche à l’Université de Picardie et directeur de l’École d’ingénieurs Jules Verne. «Cette évolution représente un atout majeur pour la prise en charge du patient et l’amélioration de son parcours thérapeutique, qui reste le seul centre d’intérêt», a-t-il ajouté en introduction des premières Rencontres Santé Numérique, le 4 février à Amiens. Au-delà d’un enjeu de société, la e-santé est aussi une formidable opportunité économique. En 2025, ce nouveau secteur d’activité a dépassé les 68 milliards d’euros à l’échelle mondiale.
Et la capitale picarde y prend sa part. «Le tissu socio-économique qui s’est construit autour de la santé à Amiens est riche et performant. Le CHU fait par exemple partie des dix CHU les plus performants de France, et l’UPJV est entrée dans le classement de Shanghai en 2025, ce qui signifie qu’elle figure parmi les 1 000 premières universités mondiales», se félicite encore Gilles Dequen. Deux structures fortes qui permettent de porter des projets d’envergure nationale, voire internationale, tout en bénéficiant d’un écosystème à taille humaine. «Amiens est suffisamment petite pour permettre à des acteurs différents de se parler. C’est la base de l’innovation», souligne-t-il.
Vers un déploiement massif
Co-organisé avec Innov’a, le GRADeS Inéa, Sant& Numérique Hauts-de-France et les Pépinières d’entreprises Amiens-Picardie – Biolab, l’événement était également soutenu par l’ARS des Hauts-de-France. «Ce type de rencontre, où sont présents l’ensemble des acteurs de l’innovation en santé, est fondamental. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de passage à l’échelle : nous passons d’un objectif de déploiement du numérique à un objectif d’innovation, afin de disposer des meilleurs outils pour la santé publique», résume Loïc Torosani, responsable du service numérique en santé au sein de l’ARS Hauts-de-France.
Si l’objectif commun des acteurs présents est bien d’offrir une meilleure prise en charge à la population, tous sont également conscients de l’impérieuse nécessité de sécuriser les données utilisées. «C’est un enjeu absolument clé», abonde Élise Ferlin, chargée d’accompagnement territorial au GRADeS Inéa, Sant& Numérique Hauts-de-France. Une problématique qui sera notamment traitée par la nouvelle spécialité proposée par l’École d’ingénieurs Jules Verne. Baptisée «Numérique, santé et IA», elle formera des spécialistes capables de concevoir et de manipuler des dispositifs de collecte, de stockage, d’analyse et de traitement des données de santé.
L’État en soutien
Pour accompagner le développement de la e-santé, l’État a prévu une enveloppe de 7,5 milliards d’euros dans le cadre du plan France 2030. Celui-ci a vocation à transformer durablement l’économie française autour de trois enjeux : mieux produire, mieux vivre et mieux comprendre notre monde. «C’est le premier programme interministériel avec l’ambition de faire de la France un leader mondial de la santé d’ici 2030», indique Nicolas Grondin, chef de projet innovation au GRADeS Inéa, Sant& Numérique Hauts-de-France. Si Genius est aujourd’hui le guichet unique pour les porteurs de projets en e-santé, il existe également un accompagnement régional assuré par les Groupements régionaux d’appui au développement de la e-santé (GRADeS).