En bref

En baie de Somme, les moutons entretiennent la réserve du Domaine du Val de Grand-Laviers

À l’été 2024, la résidence de tourisme éco-responsable du Domaine du Val à Grand-Laviers, en périphérie nord-ouest d'Abbeville, inaugurait sa réserve naturelle de 25 hectares. Jusqu’au printemps, une soixantaine de moutons entretient cet espace pour favoriser la biodiversité.

Ancien golf laissé en friche durant plusieurs années, la réserve du Domaine du Val de Grand-Laviers (25 hectares) poursuit sa transformation entamée en septembre 2024 par un diagnostic écologique réalisé par le Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France : «En fin d’année 2024, le conservatoire nous a communiqués les résultats. Plus de 200 espèces de plantes, une soixantaine d’espèces d’oiseaux et une cinquantaine d’insectes, dont certaines en régression ou menacées, avaient été recensées. Le conservatoire nous a également recommandé de laisser des moutons pâturer sur les zones les plus pentues plutôt que d’opter pour une fauche mécanique. Cela permet de maintenir des milieux favorables aux espèces de la région. C’est ainsi que je me suis rapproché d’éleveurs locaux», explique Xavier Mennesson, qui gère depuis 2005 le Domaine du Val, un ensemble de 30 maisons en bois construites sur pilotis avec vue imprenable sur la réserve et ses larris. Depuis l’an dernier, les clients peuvent s’y promener.

Jusqu’à la deuxième quinzaine de mars, il a noué un partenariat avec Laure Poupart, bergère emblématique de la baie de Somme depuis six ans : «Je connais Xavier et ses engagements environnementaux depuis de nombreuses années. Lorsqu’il m’a proposé d’accueillir mes moutons dans la réserve, j’ai accepté immédiatement. En baie, mes bêtes pâturent à l’air libre quand le temps le permet. Mais, en hiver, le territoire devient humide et les bêtes peuvent s’enliser. Sans parler des marées qui sont plus fortes. Les garder en intérieur est très coûteux. Je n’abrite que les brebis qui attendent des agneaux ou qui viennent de mettre bas», détaille-t-elle.

Un partenariat gagnant-gagnant

De quoi favoriser pour le printemps la renaturation de ce bel espace naturel, qui bénéficie d’une fauche en juillet après la floraison et la nidification. De plus, la présence des moutons limite le développement d’espèces envahissantes comme les limasses, les chardons et les mauvaises herbes. Leurs déjections fertilisent naturellement la terre : «C’est vraiment un partenariat gagnant-gagnant, complète Xavier Mennesson, engagé depuis l’ouverture du Domaine du Val sur les enjeux RSE. C’est un peu un retour aux sources. Il y a 40 ans, 300 moutons y pâturaient. Les parcs sont changés tous les cinq - six jours. Cela reste cohérent avec mes engagements. Cela prouve que ce n’était ni un coup de pub, ni du marketing». 

Ses clients ont découvert la présence des moutons le 6 février dernier pour le début de la saison : «Certains nous dirons que c’est super pour la biodiversité. D’autres trouveront leur présence juste bucolique. Cela dépendra de la sensibilité de chacun», souligne-t-il. 

En parallèle, Xavier Mennesson poursuit l’aménagement de la réserve. L’été dernier, une campagne de financement participatif a recueilli près de 9 000 euros. Elle a été complétée par une dotation de 20 000 euros de la Fondation du patrimoine. Grâce à ces sommes, un sentier de 3,2 km a été créé et balisé. Des panneaux pédagogiques ont aussi vu le jour avec des QR codes permettant de découvrir le chant des oiseaux et des grenouilles. Des aménagements qui renforcent la vocation pédagogique du lieu et offrent aux visiteurs une immersion en pleine nature. 

Ces dernières semaines, 700 mètres linéaires de haie bocagère et un verger d’une cinquantaine de pieds (pruniers, cerisiers, poiriers et pommiers) a été planté. Des zones de repos seront disponibles l’été prochain : «Nos visiteurs apprécient beaucoup cette réserve. Pour moi, l’enjeu est d’agir pour les générations futures. De montrer qu’un site touristique peut aussi devenir un acteur de préservation. C’est en cohérence avec nos valeurs», conclut Xavier Mennesson.