Décryptage

Moyen-Orient : la guerre vire au choc pétrolier

En deux semaines, les cours du pétrole se sont envolés, laissant craindre un choc pétrolier qui frapperait durablement l’économie mondiale. Décryptage.

Les cours du pétrole se sont envolés, laissant craindre un choc pétrolier qui frapperait durablement l’économie mondiale. © DR

Les cours du pétrole se sont envolés, laissant craindre un choc pétrolier qui frapperait durablement l’économie mondiale. © DR

La veille du conflit, le 27 février, le baril de Brent se négociait aux alentours de 70 dollars. Quinze jours de guerre plus tard, il franchissait les 100 dollars, soit une hausse de plus de 40%. L’Europe a ainsi vu revenir le spectre d’un choc pétrolier, dont les conséquences dépendront en grande partie de la durée du conflit et de son ampleur. Pour l’heure, les prix des carburants flambent et pèsent lourdement sur le budget des ménages et des entreprises, au point que les États européens prennent dans l’urgence des mesures pour tenter de limiter la colère sociale.

Détroit d’Ormuz : le nœud gordien

Fidèle à ses habitudes, Donald Trump semble avoir d’abord minimisé les conséquences de cette intervention, avant de se raviser, non pas en raison du bilan humain, mais parce que la filière pétrochimique et les marchés associés ont été déstabilisés. Et un peu aussi en raison des élections de mi-mandat du mois de novembre... Cela pourrait expliquer sa réticence à frapper désormais trop durement les infrastructures pétrolières iraniennes, en particulier celles basées sur l’île de Kharg qui assurent 90 % des exportations de pétrole iraniennes.

Toujours est-il que le nœud gordien reste avant tout le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL). En effet, l’Iran fait peser une menace sur les navires qui traversent ce détroit stratégique, contraignant les États-Unis à évoquer sinon une forme de déblocage militaire du détroit par une coalition encore à l’étude, à défaut une forme d’escorte des navires pétroliers. Mais, face à l’incertitude, les compagnies d’assurance maritime ont revu à la hausse leurs tarifs, restreignant encore plus le transit et affolant davantage encore les marchés. À court terme, c’est l’embolie dans l’artère principale d’Ormuz et il faudra du temps avant de réorganiser le transit du pétrole par d’autres voies.

Conséquences d’un choc pétrolier

Bien entendu, certains producteurs de pétrole, comme la Russie, peuvent se réjouir à court terme d’une telle hausse des cours de l’or noir. D’autres, à l’instar de l’Arabie Saoudite ou du Koweït, voient au contraire leurs exportations partiellement empêchées par ces bouleversements dans le Golfe persique. Du côté des acheteurs, c’est la Chine qui sort grande perdante, elle qui négociait des prix du pétrole au rabais avec les régimes vénézuélien et iranien. Quant à l’Europe, elle paye non seulement sa dépendance au pétrole, mais aussi au gaz dont les cours ont parallèlement augmenté.

Certes, l’intensité pétrolière, c’est‐à‐dire la quantité de pétrole consommée pour produire une unité de PIB, a considérablement chuté depuis le choc pétrolier de 1973. Cela signifie donc que les économies subissent des dommages moins importants que par le passé lors de tensions sur le marché pétrolier. Néanmoins, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne et les problèmes dans la filière pétrochimique (rupture d’approvisionnement énergétique, arrêt de la production de dérivés du pétrole...) finissent toujours par se ressentir dans toute l’économie : difficultés d’approvisionnement, inflation forte, récession et fort coût social, voire politique. Tout dépendra donc de la durée du conflit.

Limiter les dégâts

En réaction à la panique qui a gagné le marché pétrolier, les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont décidé de libérer sur le marché 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques. Mais, comme ce geste ne suffit pas, Donald Trump envisagerait des interventions gouvernementales pour freiner la hausse des cours. Or, outre que cela supposerait de mobiliser des volumes considérables de capitaux, probablement sur les marchés des produits financiers dérivés («pétrole papier»), de telles interventions se soldent rarement par des réussites. 

Redoutant une colère sociale liée à l’envolée des prix à la pompe (et du fioul), les États européensinterviennent en ordre dispersé et pas toujours de manière judicieuse. Ainsi, tandis que l’Allemagne limite à une fois par jour toute hausse de prix des carburants et l’Autriche à trois fois par semaine, la Hongrie bloque les prix et l’Italie envisage une sorte de bascule entre les taxes pour atténuer les hausses. La Grèce, quant à elle, plafonne provisoirement les marges sur les carburants et l’Espagne a annoncé des mesures sociales pour les ménages et les entreprises. Et en France ? Alors que les uns proposent de bloquer les prix à la pompe et que les autres suggèrent de baisser les taxes sur les carburants, le Premier ministre se contente, pour l’instant, d’opérations de contrôle des prix dans les stations-service pour éviter les hausses abusives.

Mais, le sujet étant politiquement explosif dans tous les pays, les gouvernements pourraient être poussés à adopter des mesures dont l’inefficacité est pourtant bien connue, simplement pour montrer qu’ils agissent. Et ce, encore une fois, «quoi qu’il en coûte» ?