En bref

Malgré les taxes, le luxe français mise sur les États-Unis

 Le comité Colbert, qui réunit les grandes marques du luxe, organise une exposition à New-York, en fin de mois, dans le cadre de la célébration des 250 ans de l'amitié franco-américaine.


Bénédicte Épinay, qui préside le Comité Colbert.

Bénédicte Épinay, qui préside le Comité Colbert.

 L'artefact du panneau de tissu d'ameublement de Pierre Frey qui orne un salon de la Maison Blanche : peut-être la pièce la plus grande, certainement l'une des plus emblématiques de l'exposition « Trésors cachés, 250 ans d'histoires franco-américaines du luxe ». En février, à Paris, le Comité Colbert, qui réunit 96 « maisons », 17 institutions culturelles (comme le château de Versailles) et six membres européens, présentait l'événement qui se tiendra du 26 au 31 mai au centre culturel Shed, à New-York. Y participent 65 « maisons » et institutions culturelles représentant le savoir-faire français dans plusieurs secteurs ( haute couture, gastronomie, horlogerie, parfums, vins et spiritueux...). « Toutes ces maisons ont un chapitre de leur histoire aux États-Unis. C'est cela que nous allons raconter. (…) L'événement a obtenu l'aval de l'ambassade de France », a expliqué Bénédicte Épinay, qui préside le Comité Colbert.

L'exposition s'intègre dans un contexte et un calendrier diplomatique : les célébrations des 250 ans de l'amitié franco-américaine. Cette dernière bat sérieusement de l'aile depuis l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis : hausse des droits de douane imposés par les USA à l'Europe, refus français de siéger au « Conseil de la paix » trumpien, moqueries du président américain à l'égard de son homologue français... « C'est précisément quand les relations diplomatiques ne vont pas bien qu'il est important de parler de la culture, de la beauté, de ce qui nous réunit », argumente Bénédicte Épinay.

Le Comité Colbert, essentiellement composé d'entreprises fortement exportatrices, déploie une politique permanente d'événements à l'international. En 2024, il organisait «Jeux de mains », à Shanghai, à l'occasion de la célébration des 60 ans de relations diplomatiques entre Chine et France. Là aussi, le contexte était tendu, marqué par le bras de fer commercial entre la Chine et l’Europe. L’UE ayant taxé les importations de véhicules électriques chinois, la Chine avait fermé ses portes à divers produits dont le cognac, qui intéresse au premier chef des entreprises membres du comité Colbert.

Le luxe en sursis ou préservé ?

Dans les années à venir, les Etats-Unis devraient supplanter la Chine en termes de débouchés internationaux pour le luxe, d'après une étude Bain relayée par Les Echos du 24 novembre 2025. Et les entreprises françaises ont toutes leurs chances, selon le cabinet de conseil The Heart Monitors. Son étude, dévoilée lors de la conférence de presse du Comité Colbert, révèle que les tensions géopolitiques n'affectent pas l'attrait des Américains pour la « frenchness », définie comme un attachement émotionnel et culturel à la France : c'est ce que déclarent sept sondés sur 10. Mieux encore : ils sont 61% à expliquer que la France demeure le pays dont les produits « valent l'achat », en dépit des hausses de prix liés aux droits de douane. L'Italie suit avec 57%. Et, interrogés en septembre 2025, 45% des Américains déclaraient qu'ils continueraient à acheter des produits français avec une hausse de prix de 10 %. A 15% de hausse, la proportion d'inconditionnels du made in France tombait à 27%.

Autre constat de l'étude, tous les types de produits ne bénéficient pas du même degré d'attachement qui les préservent de l'effet prix. Les parfums bénéficieraient d'un niveau « très fort », les cosmétiques d'un niveau « fort ». Le Comité Colbert ne délivre pas de chiffres sur l'export de ses membres, mais selon Bénédicte Épinay, du côté des « maisons », « l'impression est bien meilleure » que les tendances annoncées par la douane française, à savoir une forte baisse des exportations françaises vers les USA : - 13% au dernier trimestre 2025 par rapport au dernier trimestre 2024 (hors aéronautique ).