En bref

Territoires : la logistique, un outil de croissance ?

Emplois, investissements... certains territoires font « carton plein » avec la logistique, selon des participants à une table-ronde au SITL. Mais les conditions sont nombreuses pour remplir le « carton ».


Regarder plutôt le verre à moitié plein. Tel était le parti pris revendiqué par les intervenants de la table ronde consacrée à « ces territoires qui font carton plein avec la logistique », lors du SITL, Salon international du transport et de la logistique, fin mars, à Villepinte. Parmi ces territoires figurent, par exemple, les Hauts-de-France, la Normandie et le Centre-Val de Loire. « Ce sont les trois territoires en France qui comptent le plus d'emplois logistiques », dévoile Yannick Buisson, vice-président de l'Union des entreprises transport & logistique de France (TLF), organisation professionnelle représentant les métiers de la chaîne. Reste que la géographie de la logistique ne recouvre pas parfaitement celle administrative : à cheval sur la Normandie et l’Île-de-France, sur le territoire qui suit la vallée de la Seine depuis le Havre jusqu'à Paris, transport et logistique représentent 411 000 emplois. « Chaque année, 85 millions tonnes marchandises transitent par cet axe », précise Florence Robinet-Guentcheff, déléguée générale de Logistique Seine Normandie, collectif qui fédère la filière logistique normande. Le territoire comprend, en effet, un système multimodal complet qui articule des infrastructures logistiques – des zones de stockage et de conditionnement- et de transport, ports maritimes, fluviaux, aéroports... « Cela représente des investissements importants sur ces territoires », analyse Florence Robinet-Guentcheff. Ainsi, Haropa Port, qui regroupe les ports du Havre, Rouen et Paris prévoit d'investir un milliard d'euros dans le cadre de son projet stratégique 2026-2030.

Au delà du développement économique, la logistique peut aussi contribuer à servir les objectifs écologiques des territoires. Ainsi, les villes comme Nantes, Paris, Lyon ou Dinard favorisent le développement des livraisons à vélo. « Il y a une question forte de volonté politique », note Yolaine Urvoy, directrice de Les boites à vélo, association qui promeut le vélo comme mode de déplacement professionnel principal.

La recette du « carton plein »

Reste à comprendre les recettes de ces territoires qui font « carton plein » avec la logistique. « Ils ne sont pas en mono-activité. Ce sont les territoires multi-sectoriels qui développent aussi cette activité », prévient Yannick Buisson. Côté mise en œuvre, la DGE, Direction générale des entreprises, a listé « 13 exemples de pratiques territoriales inspirantes dans le secteur de la logistique », dans un document publié en février dernier. En synthèse, « il y a trois grandes catégories de sujets qui ont été pris à bras le corps », synthétise Guillaume Decorzent, sous-directeur des services marchands à la DGE. Tout d'abord, le foncier. « Il est souvent en compétition avec d'autres usages, ce qui implique la nécessité d'une planification des pouvoirs publics », note-t-il. Préalable indispensable : une connaissance fine de l'existant et une évaluation des besoins à venir. En Normandie, plusieurs initiatives publiques et privées ont été menées pour cartographier les sites logistiques existants et quantifier les besoins d'implantations. Par exemple, Logistique Seine Normandie a réalisé un « schéma de cohérence logistique régional».

Deuxième enjeu, « la transition écologique » poursuit Guillaume Decorzent. Ainsi, depuis 2023, Chartes Métropole s'est doté de règles de livraison dans le cœur de ville piétonnier. Seuls les véhicules électriques peuvent circuler de 8h30 à 10h30, en semaine et le samedi matin (avec les véhicules de transport frigorifique et de santé). La ville de Toulouse a mis en place des mesures comparables en 2025.

Troisième point crucial : « l'accompagnement à l'innovation locale », estime Guillaume Decorzent. Exemple, Smart Port en Grand, challenge annuel d’innovation ouverte. Des start-up sont confrontées à des défis proposés par des acteurs publics et privés, sur le thème de la logistique performante et durable. L'initiative est portée par la CCI Aix-Marseille-Provence, le Port de Marseille-Fos et Aix-Marseille Université. Autre exemple : l'incubateur the Place, ouvert aux entreprises de la logistique et de la mobilité, porté par la CCI du Loiret depuis 2024.