Édouard Philippe, qui avait conditionné la suite de sa campagne présidentielle à une réélection au Havre, semble en passe de réussir son opération, avec une nette avance au premier tour dimanche face à son rival communiste Jean-Paul Lecoq, et une extrême droite en mesure de se maintenir.
Le maire sortant de la cité portuaire est arrivé largement en tête au premier tour, avec un score autour de 43%, devant Jean-Paul Lecoq, autour de 33%, et le candidat de l'UDR et du RN Franck Keller, autour de 15%, selon des résultats provisoires.
Maire depuis 2010, élu au premier tour en 2014 et au second en 2020, Édouard Philippe réalise sensiblement le même score qu'en 2020 au premier tour.
L'ancien Premier ministre avait appelé cette semaine à la "mobilisation". Un sondage Opinionway publié le 25 février l'avait donné perdant au second tour face à Jean-Paul Lecoq (42 contre 40%).
Mais "les élections ne sont pas les sondages", "on est en démocratie", a réagi M. Philippe dimanche soir.
"J'aborde ce deuxième tour dans le même état d'esprit que le premier": "avec humilité", "en continuant de prendre au sérieux les électeurs" et "avec toute mon énergie personnelle", a également déclaré le président d'Horizons.
Il a mis en garde contre le "retour en arrière" que constituerait selon lui "la victoire du candidat communiste et de son allié LFI".
Édouard Philippe "a réussi à mobiliser son électorat" mais "on a une réserve de voix extraordinaire" et "une semaine pour mobiliser suffisamment de gens pour faire en sorte que ce qui est difficile, mais pas impossible, devienne une réalité", a réagi Jean-Paul Lecoq, soutenu par le PS et les Ecologistes.
"Une volonté de changement s'est exprimée" malgré "une campagne très anti-communiste" d’Édouard Philippe, a jugé le député de Seine-Maritime.
Les principaux dirigeants de LFI ont d'ores et déjà exprimé leur volonté de fusionner avec M. Lecoq alors que leur candidate, Charlotte Boulogne, non qualifiée pour le deuxième tour, est nettement distancée.
Les cas Nice et Paris
Les trois concurrents qualifiés pour le second tour devraient s'opposer lors d'un débat télévisé mercredi. Édouard Philippe tiendra une réunion publique jeudi.
Si le président d'Horizons avait appelé à la "prudence" après la publication du sondage Opinionway, la perspective de sa défaite dans sa ville avait concentré l'attention sur la Seine-Maritime, alors que le camp d'Emmanuel Macron est assez largement divisé, à un an de l'élection présidentielle.
Fondateur du parti Horizons en 2021, Édouard Philippe a officialisé sa candidature à l'élection présidentielle en septembre 2024.
"Si je perds les élections municipales, je ne serai pas dans la meilleure des positions pour aborder la suite", avait-il récemment expliqué à Paris-Normandie.
La course d'Horizons vers l’Élysée doit débuter dès après les municipales. Une réunion publique est dans les tuyaux le 12 avril à Paris.
Ces élections municipales constituent le premier test grandeur nature pour son parti Horizons, auto-revendiqué parti des maires. Mais la partie s'annonce délicate dans un certain nombre de villes, à commencer par Nice.
Vice-président du parti, le maire sortant Christian Estrosi apparaît en difficulté face à son rival Eric Ciotti. Selon une estimation d'Elabe, il est devancé de près de 10 points (41,5% contre 31,8%) par le président de l'UDR.
La campagne a été marquée par l'affaire de la tête de porc déposée devant le domicile de l'édile. Les liens des suspects avec des membres de l'entourage de Christian Estrosi ont alimenté des soupçons de complot, que le maire dément fermement.
Une grande inconnue entoure également le score de Pierre-Yves Bournazel à Paris et son attitude entre les deux tours, entre maintien, s'il franchit la barre de 10%, et alliance avec la candidate de droite Rachida Dati. Édouard Philippe avait récemment indiqué à l'AFP qu'il ferait "tout" pour l'alternance dans la capitale avec "un grand rassemblement de la droite et du centre", contredisant son candidat.
Avec 650 maires, le parti visait d'abord la reconduction de ses principales figures, notamment Christophe Béchu à Angers et Arnaud Robinet à Reims. Et visait quelques "coups" dans des villes de conquête, comme à Besançon, où le candidat Éric Delabrousse n'est pas assuré de dépasser les 5%.