Sous le regard de la mère du militant Amine Kessaci, doublement endeuillée, l'Assemblée a voté jeudi à l'unanimité pour étendre la protection des lanceurs d'alerte contre le narcotrafic, malgré l'opposition du gouvernement, lors de la "niche" parlementaire des écologistes.
Placé en première position des textes défendus par les écologistes lors de la journée annuelle dédiée à leurs initiatives, le texte porté par la députée du Bas-Rhin Sandra Regol prévoit d'inscrire dans la loi un "mécanisme de protection des personnes qui dénoncent l’emprise des réseaux criminels".
Une protection des victimes, témoins et repentis qui existe déjà "dans un cadre judiciaire", mais qu'il s'agirait d'étendre "à des personnes qui ne sont pas impliquées dans une procédure judiciaire", explique-t-elle.
La proposition de loi a été adoptée en première lecture avec les voix de la gauche. Le reste de l'hémicycle s'est abstenu, disant partager l'objectif du texte, mais doutant de l'efficacité du dispositif proposé par Mme Regol, a fortiori sans le soutien du gouvernement.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a fait valoir que l'Etat "garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée", que ce soit dans un cadre judiciaire ou administratif, et estimé que le texte pourrait affaiblir les dispositifs déjà existants.
Il a ouvert ses propos en adressant son soutien à Ouassila Benhamdi Kessaci, présente en tribune, qui vit sous protection policière après l'assassinat de son fils Mehdi dans un probable "crime d'intimidation", en représailles à l'engagement de son autre fils Amine dans la lutte contre le narcotrafic.
Des armes aux enfants
Membre du parti Les Ecologistes, et candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a encore dû être exfiltré d'un meeting à Aix-en-Provence, la semaine dernière à la suite d'une alerte de sécurité.
"La première fois qu'il (Amine) a eu des menaces, c’était au mois d’août, ils (les services de police) ont protégé Amine, ils nous ont laissé, nous. On n’a pas eu de protection. Mehdi est parti comme ça, pourtant ils le savaient tous", a déploré Mme Kessaci lors d'une conférence de presse après le vote.
"On doit dire stop à la criminalité. Ils donnent des armes aux enfants de 14 ans pour tuer, et après ils se font tuer et se font calciner", a lancé, larmes aux yeux, cette mère de famille dont le fils Mehdi est mort en novembre, cinq ans après l'assassinat de son frère Brahim, dans un narchomicide.
Lors des débats, plusieurs députés ont reproché au groupe écologiste de vouloir "se donner bonne conscience" avec ce texte, comme Michaël Taverne (RN), les accusant de voter systématiquement contre tout moyen supplémentaire donné à la police pour lutter contre le narcotrafic.
Texte retiré
Les écologistes ont eu moins de succès avec leur deuxième texte, dont l'objectif était de protéger l'eau potable, en interdisant à l'horizon 2030 l'usage de certains pesticides ou engrais autour des captages.
Au bout de plus de quatre heures de discussions, le groupe a annoncé retirer son texte. "Nous assistons à une obstruction en règle de la part du Rassemblement national, de la part de LR, qui ont à eux deux déposé plus de 600 amendements" sur l'ensemble des textes de la niche, a fustigé dans l'hémicycle sa présidente Cyrielle Chatelain.
Le groupe a également déploré la volonté d'une partie du groupe EPR de Gabriel Attal et du gouvernement de vider le texte de sa substance.
Le ministre de la Transition écologique Mathieu Lefèvre a notamment apporté son soutien à un amendement EPR qui aurait réduit l'application de la loi aux points de prélèvements sensibles. "C'est sensiblement le droit actuel", a déploré le rapporteur Jean-Claude Raux.
Le groupe LR s'est félicité dans un communiqué d'avoir "fait obstacle à l'écologie punitive à l'Assemblée nationale" par sa "mobilisation".
Les députés ont enchaîné avec l'examen du troisième texte de la niche, visant à limiter la concentration des médias.