La guerre au Moyen-Orient ? « Nous commençons à constater les premières conséquences. Tout dépend de la durée de la crise, mais cela risque de s'accélérer dans les semaines et les mois à venir », déclarait Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises. C'était le 1er avril, à Paris, lors de la présentation du bilan 2025 de la Médiation des entreprises. Rattachée à Bercy, la structure propose un service de médiation gratuit aux entreprises. Née en réponse à la crise financière de 2008, fortement mobilisée lors de la crise du Covid, puis inflationniste, liée à la guerre en Ukraine, la Médiation des entreprises se retrouve à nouveau en première ligne.
Déjà, le gouvernement lui a confié une mission sur le secteur du transport routier. Objectif : éviter que l'impact de la hausse des prix des carburants ne se concentre sur des entreprises à la trésorerie déjà fragile, les mettant en danger (et le reste de la filière avec). La Médiation a commencé à échanger avec les acteurs du secteur ; une réunion formelle est prévue dans les jours qui viennent. « Il s'agit de voir ce que l'on peut faire tous ensemble pour fluidifier, faire en sorte que des processus empêchent les maillons les plus fragiles d'être abîmés. La bonne nouvelle, c'est que tout le monde a l'air conscient du problème », annonce Pierre Pelouzet. En cas de demande du gouvernement, d'autres secteurs secoués par la crise pourraient faire l'objet d'une même démarche.
Mais déjà, la Médiation intervient sur le sujet de l'impact du choc de la guerre, notamment sur les prix des matériaux de construction avec les acteurs du secteur du BTP. Une démarche de médiation de filière y a été mise en place en 2022. « Nous avons appris des leçons des crises.(...) Une partie de la solution se trouve entre les entreprises, car c'est dans la relation entre l'amont et l'aval que se crée la trésorerie », analyse Pierre Pelouzet. Lui prône une « solidarité intelligente » qui permet à une filière de « passer les crises ensemble », en préservant les maillons fragiles dont la disparition serait dommageable à tous, à rebours d'un « égoïsme perdant », générateur de « casse ».
Retards de paiement et achats responsables
« Solidarité intelligente », « égoïsme perdant », les deux comportements sont également décelables dans le bilan 2025 de la Médiation des entreprises. « Hors année Covid, nous n'avons jamais eu autant de demandes de médiation », commente Nicolas Mohr, directeur général de la Médiation des entreprises. Cette dernière a vu son activité augmenter de 10,5% par rapport à 2024, pour atteindre 2 101 demandes. A la base de cette augmentation, les tensions croissantes sur les relations économiques, mais aussi, « la médiation est plus présente dans les clauses contractuelles. ( …) Elle devient progressivement un réflexe », analyse Nicolas Mohr. D'après le bilan 2025, le taux de réussite des médiations reste stable ( 70%), tout comme le délai de traitement des dossiers ( inférieur à trois mois).
Autre constante : les conditions de paiement ( et en particulier, les retards) constituent le premier motif des litiges ( 27,1% des médiations prises en charge). « S'il y a une période où l'on devrait être vigilant sur les délais de paiement, c'est maintenant. Malheureusement, ce n'est pas le cas, les chiffres continuent d'augmenter », alerte Pierre Pelouzet. Sur ce sujet, une proposition de loi est actuellement en cours d’examen à l'Assemblée Nationale. Elle prévoit d'accroître considérablement le montant des amendes pour les entreprises qui paient avec retard ( jusqu'à 1% de leur chiffre d'affaires mondial ). « J'espère que cela va provoquer une prise de conscience dans les comités de direction des entreprises, qu'ils vont ériger le paiement de leurs fournisseurs en temps et en heure au même niveau de priorité que la livraison en temps et en heure de leurs clients », commente Pierre Pelouzet.
Chez quelques uns, la prise de conscience s'est déjà faite, montre le bilan 2025 de dispositifs portés par la Médiation des entreprises qui encouragent et structurent les achats responsables. L'an dernier, 254 nouvelles organisations ont signé la charte RFAR, Relations fournisseurs et achats responsables, ( + 9% par rapport à 2024), soit 3 080 signataires. Et 136 organisations sont labellisées, contre 119 l'année précédente ( + 14%). Pour Nicolas Mohr, cette croissance indique une prise de conscience de « l'importance cruciale de la robustesse des chaînes d'approvisionnement dans un contexte économique tendu » et « des enjeux liés à la qualité des relations entre les différents fournisseurs ».