Interview

A mbassadeurs biosourcés : un réseau du CD2E pour accélérer la transition

A l’occasion de la journée des ambassadeurs biosourcés du CD2E, Arnaud Delobel revient sur les enjeux de ce réseau régional. Formation, acculturation, massification des usages… le consultant du pôle détaille une dynamique tournée vers le déploiement concret des matériaux biosourcés. Interview.


Quel rôle joue le réseau des ambassadeurs biosourcés sur le territoire ?


Le réseau des ambassadeurs biosourcés a été impulsé par la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) des Hauts-de-France avec un objectif très clair : former les acteurs du secteur de la construction aux matériaux biosourcés. L’idée est que ces professionnels deviennent eux-mêmes des relais, capables de promouvoir ces solutions dans leur environnement. Ils interviennent notamment auprès des élus, dans le cadre de projets de construction ou de rénovation de bâtiments publics comme des écoles ou des crèches. Pour le CD2E, ce réseau permet de disposer de référents sur l’ensemble du territoire, afin de renforcer l’acculturation et de faciliter l’appropriation de ces matériaux par les acteurs locaux. 

Quels étaient les objectifs de la journée et le message transmis aux participants ?

Nous avons réuni 25 ambassadeurs autour d’un objectif principal : leur fournir des outils concrets pour agir. Nous leur avons présenté le kit ambassadeur qui comprend des supports pédagogiques, une mallette avec 12 échantillons de matériaux biosourcés et une trame de présentation PowerPoint. Ces outils sont essentiels pour permettre aux architectes, maîtres d’œuvre et autres professionnels de sensibiliser efficacement leurs interlocuteurs. La journée a également été rythmée par des visites de terrain, avec trois entreprises emblématiques : Fiboo à Blaringhem qui a lancé la production du 1er isolant en fibres naturelles de bambou, Miscanbloc à Merville qui a développé un isolant à base de miscanthus et enfin le site Cellexo à Marcq-en-Baroeul qui a mis au point une ouate de cellulose utilisée pour l'isolation thermique et acoustique issu de journaux. Cela permet de montrer que ces solutions sont déjà bien ancrées dans une réalité industrielle et de diffuser un message fort : les solutions existent en région. 

Ces visites permettent de passer du discours à la preuve. Le matin, nous avons visité des sites de production pour comprendre les process industriels, et l’après-midi, nous étions sur des chantiers emblématiques, comme l’école de musique de Loos-en-Gohelle ou celle d’Hallennes-lez-Haubourdin. Ces projets illustrent concrètement l’intégration des matériaux biosourcés, que ce soit en rénovation ou en construction neuve, et rassurent les professionnels et les élus… le modèle fonctionne, il est performant et reproductible. 

Le secteur entre-t-il dans une nouvelle phase de développement ?

Oui, clairement ! Nous avons longtemps été dans une phase d’expérimentation, avec des opérations démonstratrices souvent soutenues par des subventions. Aujourd’hui, nous avons franchi un cap, nous sommes désormais dans une logique de massification des usages. Les solutions sont matures, industrialisées et les écarts de coûts avec les matériaux conventionnels se réduisent fortement. Des entreprises comme Fiboo en sont un bon exemple : elles produisent désormais à grande échelle. Certes il reste encore quelques freins, mais la région dispose déjà de nombreuses solutions et de nouveaux marchés s’ouvrent à l’image de Miscanbloc qui vient de signer pour un important projet immobilier du territoire. 

Quelles sont vos ambitions pour le réseau dans les prochaines années ?

Notre priorité est de continuer à structurer et à animer ce réseau, de renforcer sa présence sur le territoire et accompagner les ambassadeurs dans leurs actions. L’objectif est d’atteindre une centaine d’ambassadeurs d’ici deux ans, afin de mailler efficacement la région. Plus le réseau sera dense, plus nous serons en capacité d’accélérer le déploiement des matériaux biosourcés dans les projets de construction et de rénovation.


Focus sur l’usine Fiboo

Spécialisée dans les matériaux en fibre naturelle de bambou, la société Fiboo, entité du Groupe Baudelet, a franchi un cap avec l’ouverture de sa première unité de production à Blaringhem. Après sept ans de recherche et développement, cette usine, unique au monde, affiche une capacité de production de 100 000 m3 par an. Implantée sur le site de Valo-Parc, ancienne friche industrielle, elle incarne le passage à l’échelle industrielle des solutions biosourcées.