En bref

À Amiens, l'État et Avril refinancent Eurolysine à hauteur de 70 millions d'euros

Le ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin, et le président du conseil d'administration d'Avril, Arnaud Rousseau, ont annoncé le 5 juin à Amiens l'apport de 70 millions d'euros au capital d'Eurolysine, dernier fabricant d'acides aminés d'Europe. Un soutien vital face à une concurrence déloyale chinoise.

Vendredi 5 juin, Sébastien Martin, ministre délégué à l'Industrie, et Arnaud Rousseau, président du groupe Avril, ont annoncé la recapitalisation de l'usine Eurolysine à Amiens à hauteur de 70 millions d'euros. «Le groupe Avril va remettre 40 millions d'euros et l'État 30 millions d'euros. Il n'y aurait pas d'intervention de l'État s'il n'y avait pas un partenaire industriel solide», pointe le ministre. Si cette participation est apportée via le fonds French Tech Souveraineté géré par BPIfrance, il s'agit bien d'une décision gouvernementale et non de la banque publique, pourtant actionnaire d'Eurolysine.

Une production multipliée par trois

Reprise il y a deux ans par le groupe Avril, l'usine amiénoise, qui compte aujourd'hui 363 salariés, produit des acides aminés, dont la lysine, indispensable à l'alimentation animale. «Les choses n'ont pas été un long fleuve tranquille et je veux saluer absolument le travail réalisé», constate Paul-Yves L'Anthoën, directeur général d'Avril. L'entreprise poursuit ses efforts malgré des années difficiles. «Nous avons recruté 50 personnes, nous avons investi 25 millions d'euros, nous avons retrouvé une dynamique commerciale, et vous avez multiplié par trois la production du site. L'expertise des équipes d'Eurolysine est parmi les meilleures au monde», souligne le directeur général d'Avril.

Des efforts qui se heurtent cependant à la production chinoise qui inonde le marché à des prix défiant toute concurrence. Une concurrence déloyale qui a fait l’objet d’une première plainte déposée auprès de l'Union européenne et qui a abouti à un renforcement des droits de douane à hauteur de 50%. Une décision cependant insuffisante, qui a conduit Eurolysine - qui perd actuellement près de 2 millions d'euros par mois - à déposer une nouvelle plainte le 30 avril dernier, espérant atteindre cette fois 80% de droits de douane.

Des capitaux frais vitaux

Les 70 millions d'euros injectés doivent permettre à l'usine d'attendre l'issue de l'enquête européenne, qui devrait intervenir d'ici fin 2026. «Même si aujourd'hui il y a une avancée décisive qui permet de sortir la tête de l'eau, le combat n'est pas gagné. Nous avons besoin que le relais soit pris à Bruxelles pour, je l'espère, dès 2027, avoir à nouveau un marché que je qualifierais de loyal», souligne Arnaud Rousseau. En parallèle, des analyses sont actuellement en cours pour déterminer si le tryptophane chinois, qui fait lui aussi concurrence à celui produit à Amiens, répond aux normes sanitaires françaises. Les résultats devraient être connus à la fin du mois.