Portrait

URGO : les recettes d'une success story familiale made in Dijon

Un milliard d'euros de chiffre d'affaires attendu en 2026, 350 millions d'euros d'investissements programmés en France d'ici 2030, un nouveau siège à 23 millions d'euros au cœur de Dijon : le groupe Urgo cultive une croissance qui détonne dans l'industrie pharmaceutique française. Derrière cette réussite se trouve un modèle rare, celui d'une entreprise détenue à 100 % par la famille Le Lous, qui revendique un ancrage territorial fort et une vision de long terme.

Le nouveau siège d'Urgo en plein coeur du centre ville de Dijon

Le nouveau siège d'Urgo en plein coeur du centre ville de Dijon

Longtemps associée aux pansements présents dans les armoires à pharmacie des Français, Urgo est devenue l'un des champions industriels de la santé made in France. Fondé à Dijon, le groupe franchira la barre symbolique du milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2026, après avoir atteint 860 millions d'euros l'année précédente. Une trajectoire qui repose sur une conviction ancienne. «Il est possible de gagner des parts de marché en investissant en France», affirme Hervé Le Lous, qui a dirigé le groupe de 2002 à 2019. Sous son impulsion, l'entreprise familiale a abandonné certaines activités jugées trop risquées pour se concentrer sur les dispositifs médicaux et la cicatrisation avancée, tout en accélérant son développement international. Présent aujourd'hui dans plus de 60 pays, Urgo réalise désormais une part croissante de son activité hors de France sans avoir renoncé à ses racines bourguignonnes. 

Le groupe emploie près de 1 200 salariés sur la métropole dijonnaise, soit environ un tiers de ses effectifs. Plus singulier encore, sa gouvernance repose sur une présidence tournante exercée à tour de rôle par les trois frères Tristan, Briac et Guirec Le Lous. «Travailler en famille demande une discipline personnelle de tous les instants. Nous sommes dans l'obligation de trouver un consensus et d'être d'accord sur des décisions clés pour l'entreprise», explique Tristan Le Lous. Un fonctionnement atypique qui permet au groupe de privilégier le temps long, loin des exigences de rentabilité immédiate imposées par les marchés financiers.

Dijon, vitrine d'un groupe à l'ambition mondiale

Cette stratégie se traduit aujourd'hui par des investissements massifs en Bourgogne. En février dernier, Urgo Healthcare a inauguré son nouveau siège dans le centre commercial Dauphine, en plein cœur de Dijon. Montant de l'opération : 23 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 23 millions investis dans un centre logistique à Ouges. Au total, 46 millions d'euros ont ainsi été engagés sur le territoire métropolitain. Pour Briac Le Lous, président d'Urgo Healthcare, ce choix répond autant à des enjeux de croissance qu'à des problématiques d'attractivité. 

«Nous ne pouvions plus recruter. Il fallait redonner de l'air à nos équipes et accompagner la croissance», explique-t-il. Le nouveau site doit accueillir à terme 270 collaborateurs dans un environnement conçu pour attirer des profils scientifiques, numériques et marketing. «Ce sont nos équipes à Dijon qui conçoivent ces produits innovants qui sont aussi fabriqués dans nos sites industriels dijonnais. Nous exportons ce savoir-faire local qui est aujourd'hui reconnu dans le monde entier», ajoute le dirigeant. Cet ancrage local n'empêche pas le groupe de regarder loin. Les trois frères Le Lous pilotent actuellement un programme d'investissements de 350 millions d'euros en France d'ici 2030 et portent plusieurs projets d'innovation de rupture, dont Genesis, un ambitieux programme de peau artificielle développé avec des partenaires comme le CNRS, Dassault Systèmes ou Bpifrance.