En bref

Le RN dans la tourmente après les propos racistes d'un policier, membre de son service d'ordre

Le parquet a annoncé la suspension mercredi de quatre policiers municipaux de Carcassonne après la diffusion d'une vidéo les mettant en cause pour des propos racistes, tandis que le Rassemblement national (RN) s'est empressé d'exclure l'agent...
Après la diffusion d'une vidéo dans laquelle un policier municipal de Carcassonne encarté au Rassemblement national tient des propos racistes et complotistes dénoncés de toutes parts, le parti d'extrême droite a annoncé mercredi son exclusion © Fred TANNEAU

Après la diffusion d'une vidéo dans laquelle un policier municipal de Carcassonne encarté au Rassemblement national tient des propos racistes et complotistes dénoncés de toutes parts, le parti d'extrême droite a annoncé mercredi son exclusion © Fred TANNEAU

Le parquet a annoncé la suspension mercredi de quatre policiers municipaux de Carcassonne après la diffusion d'une vidéo les mettant en cause pour des propos racistes, tandis que le Rassemblement national (RN) s'est empressé d'exclure l'agent qui était membre du service d'ordre du parti.

Le parquet de Carcassonne a indiqué dans un communiqué mettre "en oeuvre les dispositions (...) permettant de suspendre puis de retirer les agréments des policiers municipaux en cause qui ne respectent pas les conditions d'honorabilité attachées à leurs missions".

"Bicots", "bougnoules", "nègres", "singes", "connasses", "gauche de merde" : ces propos, accidentellement captés en novembre 2025 en vidéo par la caméra piéton d'une patrouille, ont été rendus publics mardi soir par le quotidien Midi Libre.

Ils ont conduit le parquet à ouvrir une enquête pour diffamation envers "un groupe de personnes à raison de leur origine", selon un communiqué de la procureure Géraldine Labialle.

L'enquête est partie d'une plainte déposée le 31 décembre 2025 par le chef de patrouille de la police municipale auprès de la gendarmerie de Trèbes (Aude) pour "atteinte à l'intimité de la vie privée".

Celui-ci s'est indigné de la "mauvaise manipulation d'une caméra piéton" ayant conduit à l'enregistrement "à son insu (...) des propos tenus dans le véhicule (...) à bord duquel il se trouvait accompagnés de trois de ses collègues", précise le parquet.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé mercredi sur X avoir ordonné un "contrôle de la police municipale de Carcassonne par l'inspection générale de l'administration (IGA)", et condamné les propos "à caractère raciste" des policiers, "indignes de l'uniforme de la police municipale".

La direction du RN, qui a condamné "avec la plus grande fermeté" dans un communiqué ces propos "pénalement répréhensibles", a affirmé avoir "immédiatement procédé à la radiation des effectifs du service d'ordre" d'un des policiers incriminés "ainsi qu'à son exclusion du Rassemblement national".

Inexcusables

En arrêt maladie après la diffusion de la vidéo en interne, le policier a repris du service le 16 mars, au lendemain du 1er tour des municipales.

Dans l'intervalle, il a assuré la protection du président du RN, Jordan Bardella, venu soutenir à Carcassonne Christophe Barthès, candidat RN qui a remporté la mairie le 22 mars.

L'édile a dénoncé mercredi des propos "à vomir et inexcusables" lors d'un bref point-presse, sans répondre aux questions des journalistes.

Deux reporters du groupe La Dépêche du Midi, dont fait partie le Midi Libre ayant diffusé la vidéo, y ont été interdits d'accès, sur fond de mesures "d'intimidation" récurrentes de la mairie RN depuis l'élection à l'égard des journalistes de La Dépêche et L'Indépendant, selon Lionel Laparade, directeur de l'Information du groupe.

"On y voit une mesure de représailles au travail d'investigation réalisé par les journalistes du groupe La Dépêche", a-t-il déclaré à l'AFP.

Devant les autres journalistes, M. Barthès a assuré que "tous les protagonistes de cette affaire (seraient) suspendus immédiatement et sanctionnés", dénonçant une "volonté de nuire à la nouvelle équipe municipale".

Une enquête administrative, dont il dit avoir reçu le 19 mai les conclusions, n'aurait selon lui pas permis "d'établir avec certitude l'identité des auteurs de chacun des propos enregistrés". Le parquet a affirmé ne pas avoir encore reçu les conclusions de cette enquête.

Dans la vidéo, l'agent encarté au RN commente après avoir répondu à une administrée qui appelle pour avoir percuté un animal : "non, c'est peut-être un migrant, un petit Kirikou", avant d'imiter un accent africain : "Kirikou dans la savane (...) il est venu en France, il est percuté par un véhicule."

Après avoir visionné une vidéo sur la guerre d'Algérie, il commente : "On a niqué des bougnoules (...) ! Et eux, combien de soldats ils ont niqués ? (...) Après, où commence la torture ?"

Avalanche de réactions

Cette vidéo a provoqué mercredi une avalanche de réactions indignées, du gouvernement aux partis principalement de la gauche et du centre, à quelques mois de la présidentielle.

La ministre déléguée chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a dénoncé sur RMC des propos "absolument inacceptables" et regretté "une libération de la parole raciste".

"Voilà à quoi ressemblerait une France dirigée par le RN. La haine désinhibée et encouragée", a fustigé Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle.

"Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement national ouvrent les yeux : rien n'a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme", selon Manuel Bompard, coordinateur national de LFI.

Dans la vidéo, le policier relaie également la théorie complotiste selon laquelle Brigitte Macron serait une personne trans. "On essaye de cacher ça au monde entier", dit-il.