En bref

Narcotrafic: Lecornu recadre ses ministres et leurs propositions "insuffisantes"

"Le compte n'y est pas", "propositions techniques et insuffisantes": Sébastien Lecornu a recadré vendredi les membres de son gouvernement, lors du premier comité interministériel consacré à la lutte contre les narcotrafiquants, dans un contexte de...
Le Premier ministre Sébastien Lecornu observe, aux côtés du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, le déroulement d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 mai 2026 © STEPHANE DE SAKUTIN

Le Premier ministre Sébastien Lecornu observe, aux côtés du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, le déroulement d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 mai 2026 © STEPHANE DE SAKUTIN

"Le compte n'y est pas", "propositions techniques et insuffisantes": Sébastien Lecornu a recadré vendredi les membres de son gouvernement, lors du premier comité interministériel consacré à la lutte contre les narcotrafiquants, dans un contexte de recrudescence des meurtres liés à ces trafics.

Ce comité interministériel, qui a réuni douze ministres parmi lesquels Laurent Nuñez (Intérieur), Jean-Pierre Farandou (Travail), Gérald Darmanin (Justice), Edouard Geffray (Education) ou encore la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, ainsi que des responsables de l'administration, a duré moins de deux heures et n'a donné lieu à aucune communication officielle.

En fin d'après-midi, l'entourage du Premier ministre a levé le voile sur cette réunion en relayant le mécontentement de celui-ci. Il a ainsi "exigé un changement d'échelle" face à la menace que représente la criminalité organisée. "Le compte n'y est pas", a-t-il cinglé, qualifiant le travail de ses ministres de "propositions techniques et insuffisantes".

Copie à revoir

Et d'ajouter qu'il allait "s'investir dans le dossier, car cela ne saurait être seulement que le sujet de Laurent Nuñez et Gérald Darmanin". Sébastien Lecornu a ainsi annoncé en outre que Edouard Geffray serait "une partie prenante en première ligne" sur ce dossier.

Manière de dire que jusqu'ici, le dossier a été mal ou insuffisamment géré par les deux ministres de l'Intérieur et de la Justice. L'entourage du Premier ministre a assuré néanmoins qu'il ne s'agissait "pas d'un recadrage" des deux hommes.

En première ligne sur ce dossier, Laurent Nuñez plaide depuis plusieurs semaines pour une action plus globale, estimant que cette "guerre", comme il la nomme, contre les narcotrafiquants ne peut pas être menée par son seul ministère. Il avait d'ailleurs appelé de ses voeux la constitution d'un comité interministériel dédié.

Dans son entourage, on se félicite du "constat partagé d'une criminalité organisée qui a changé de nature et de dimension malgré le travail des services de l'Etat qui ont permis de neutraliser de nombreux réseaux".

Même tonalité conciliante chez Gérald Darmanin, où on se dit "très content que ce sujet devienne interministériel", rappelant la création du Pnaco (parquet national contre la criminalité organisée) ou les prisons de haute sécurité, à mettre à l'actif du ministère. "C'est très bien que le Premier ministre ait beaucoup d'ambitions sur le sujet", a-t-on ajouté à la Chancellerie.

Reste que les ministres sont invités à revoir leur copie d'ici un "nouveau comité qui se tiendra prochainement avec une méthode différente", a ajouté l'entourage du Premier ministre.

Depuis son arrivée à Matignon, Sébastien Lecornu s'est peu investi dans ce dossier, si ce n'est épisodiquement, comme lors de l'assassinat en novembre 2025 à Marseille de Mehdi Kessaci, jeune frère d'Amine Kessaci, militant engagé contre le narcotrafic.

Depuis le début de l'année, le gouvernement fait face à une succession de meurtres liés au narcotrafic, avec une implication croissante de mineurs, en tant que victimes mais aussi comme auteurs. 

Nantes, Grenoble, Nice, Rennes, Lyon... la liste des villes concernées par ces drames s'allonge, Marseille n'ayant plus l'apanage des règlements de comptes.

L'exécutif a beau clamer sa "détermination totale" à lutter contre le narcotrafic et les crimes et délits liés aux cryptomonnaies en hausse depuis un an, la tâche est titanesque.

Enquêteurs et magistrats tirent la sonnette d'alarme. Mercredi, le procureur de Grenoble a ainsi évoqué une "sinistre comptabilité" avec en six mois, dix hommes tués par balle, dans le cadre d'une guerre de territoire farouche, dans cette ville et sa banlieue. 

"Les individus ne tirent plus aujourd'hui pour impressionner mais tirent pour tuer", a-t-il asséné.

L'argent de la drogue est considérable. La dernière estimation des autorités évaluait son chiffre d'affaires à environ 7 milliards d'euros en 2023 en France.

En 2024, ont été recensés 367 assassinats et tentatives entre délinquants, quasi-systématiquement en lien avec le narcotrafic, avec un bilan de 110 morts et 341 blessés, en hausse de 33% depuis 2021, selon des données de l'Office central de lutte contre la criminalité organisée.