En bref

Narcoviolences à Marseille : accalmie avec une DZ Mafia quasi-hégémonique

À Marseille, les balles se font plus rares : cinq narchomicides depuis janvier. Une accalmie attribuée à la fois à "l'hégémonie" de la DZ Mafia et à l'offensive policière et judiciaire contre plusieurs...
Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, le 18 novembre 2025 à Paris © Ludovic MARIN

Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, le 18 novembre 2025 à Paris © Ludovic MARIN

À Marseille, les balles se font plus rares : cinq narchomicides depuis janvier. Une accalmie attribuée à la fois à "l'hégémonie" de la DZ Mafia et à l'offensive policière et judiciaire contre plusieurs de ses figures, désormais derrière les barreaux.

Dans la cité phocéenne, ce bilan est du "jamais vu", selon le procureur de Marseille, Nicolas Bessone. Un niveau en baisse depuis l'année sanglante de 2023 (49 narchomicides), et après 2024 (24) et 2025 (16).

Pour le haut magistrat, ce chiffre s'explique de plusieurs façons, à commencer par "une certaine hégémonie de la DZ Mafia", dont des responsables présumés sont jugés à partir de lundi pour un triple assassinat commis avant la création du groupe criminel. "Quand vous avez gagné la guerre, vous n"avez pas nécessairement besoin de tuer".

Ce monopole n'est toutefois pas absolu, tempère le procureur. Il subsiste une "poche de résistance", dans le 3e arrondissement, "pré carré des +blacks+", aussi appelés "néo-comoriens".

L'action de la police et de la justice a aussi joué un rôle clé, avec l'interpellation de plusieurs commandos de tueurs. Plus de 200 personnes, mises en examen, seront jugées successivement par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône.

 

Lignes détournées

 

Les quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), où sont isolés les plus hauts responsables du narcobanditisme, ont aussi porté un coup à l'action de la DZ Mafia.

Depuis leurs cellules, ses principaux responsables continuaient de recruter et de commanditer des assassinats, ce que l'isolement rend plus difficile. 

Pour contourner la surveillance, ils ont fait preuve d'ingéniosité en détournant le "système Telio", ligne téléphonique dont ils continuent de bénéficier en détention. 

Ils y déclaraient des numéros dont les communications ne peuvent être surveillées au motif du respect des droits de la défense et du secret médical, avocats ou associations coquilles vides, par exemple sur les addictions. Les communications étaient en fait renvoyées vers leurs lieutenants de terrain. Mais le système a été démonté, avec au moins un avocat mis en examen et en détention, détaille une source policière de haut rang.

Auparavant la prison étaient une "succursale du crime", où est d'ailleurs née l'idée de la DZ Mafia, selon une source policière. D'un établissement pénitentiaire à l'autre, "se sont nouées et dénouées les alliances".

La DZ Mafia émerge en 2023, avec la guerre de territoires qui l'oppose, dans les quartiers nord de Marseille, au clan Yoda de Félix Bingui. Son nom reprend le code pays de l'Algérie (DZ), référence à l'origine de ses fondateurs. Sans leader déclaré, l'organisation s'appuie sur des cadres aux intérêts communs, sur le modèle d'un cartel mexicain, selon les enquêteurs.

Du trafic de drogue, la DZ Mafia gère toute la chaîne, de l'approvisionnement aux livraisons. Et affiche une "volonté expansionniste", analyse Nicolas Bessone, qui évoque une extension interrégionale, voire nationale, et une branche armée capable de projeter des commandos en tout point du territoire pour défendre ses intérêts.

Le groupe criminel a aussi diversifié ses rentrées d'argent, avec des extorsions visant des commerces et des artistes de rap issus de la place marseillaise. Son nom était d'ailleurs apparu dans la tentative de racket visant le rappeur marseillais SCH, soldée par l'assassinat d'un de ses proches en août 2024.

 

Fin de règne ?

 

Pour les autorités, reste à frapper au portefeuille. Retrouver l'argent du deal est "très compliqué", reconnaît le procureur de Marseille. D'où la nécessité d'enquêtes d'"éco-crimes", ne se limitant pas au trafic ou au racket mais remontant les circuits de blanchiment pour récupérer les avoirs criminels. Une tâche ardue : "l'argent est souvent réinvesti à l'étranger, dans des pays peu coopératifs". 

Parmi les cibles du procureur Nicolas Bessone figure aussi la "bourgeoisie criminelle" : banquiers, notaires ou avocats, "qui ne vont pas mettre la main dans la semoule" mais dont les narcotrafiquants ont besoin pour se donner "une façade légale".

L'enjeu est de taille : en France, le trafic de stupéfiants génère plus de six milliards d'euros de revenus, selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives.

Quel avenir désormais pour la DZ Mafia ? Ses cadres dirigeants, isolés dans les QLCO, pourraient peu à peu "perdre de leur influence et tomber dans l'oubli", avance une source proche du dossier.

Entre les procès à venir et les lourdes peines déjà prononcées, jusqu'à 25 ans de prison contre certains, le sort de l'organisation pourrait être scellé.

Mais en matière de narcobanditisme "tout va très vite, la nature ayant horreur du vide", prévient un connaisseur du milieu, qui reste prudent avec l'appellation "DZNG" (DZ Mafia nouvelle génération), apparue en 2026. A ce stade, "les futures têtes n'ont pas encore fait surface".