Nevers, laboratoire désenchanté du macronisme
Marcheur avant l'heure, le maire de Nevers Denis Thuriot a fait de sa ville un laboratoire du "ni droite ni gauche". Mais aujourd'hui, deux fidèles se présentent contre lui, et les partis "classiques" croient en...
Marcheur avant l'heure, le maire de Nevers Denis Thuriot a fait de sa ville un laboratoire du "ni droite ni gauche". Mais aujourd'hui, deux fidèles se présentent contre lui, et les partis "classiques" croient en leur résurrection. "Le macronisme est fini", assurent-ils.
"Moi, je ne vote pas pour un parti. Mais, vous, vous avez fait de bonnes choses pour la ville", lance une retraitée dans l'entrebâillement de sa porte, qu'elle vient d'ouvrir à Denis Thuriot.
"Vous voyez, les gens savent faire la différence", assure le maire de 59 ans, distribuant des tracts qui ne font aucune mention de son appartenance au parti présidentiel Renaissance. "Ici, l'étiquette, c'est +Nevers à venir+", lance le candidat à sa réélection en mars.
Emmanuel Macron, il lui arrive de le mentionner: "Ma proximité avec le président, je m'en sers pour Nevers", dit-il ainsi à une mère inquiète pour son fils étudiant, lui expliquant que c'est grâce à l'État qu'il peut développer l'Université.
En 2013, Denis Thuriot, avocat issu du PS, déchire sa carte et créé une liste rassemblant société civile, droite et centre. La recette réussit et, en 2014, il met fin à 43 ans de socialisme à Nevers, ancien fief du Premier ministre Pierre Bérégovoy.
Plus tard, il devient l'un des premiers à rejoindre le parti En Marche du futur président. C'est d'ailleurs à Nevers, ville de 33.000 habitants, qu'Emmanuel Macron tiendra un de ses premiers meetings.
En 2020, Denis Thuriot est réélu dès le premier tour, offrant à la macronie un de ses rares succès dans ces municipales.
-"Infidèles"-
"Historique", titrait alors Le Journal du Centre, dont la Une est encore accrochée dans le local de campagne du "candidat" Thuriot. Y figure également une photo de 2014 du petit groupe parti à la conquête de Nevers: les représentants de la droite mais aussi deux soutiens de la première heure: Xavier Morel, un entrepreneur, et Amandine Boujlilat, fille d'une figure du PS jamais encartée.
Aujourd'hui, chacun d'eux présente sa liste contre le maire. "Ils sont devenus infidèles", raille Denis Thuriot, amer.
"Le macronisme est fini. Ca a été un essai loupé", se justifie Amandine Boujlilat, 41 ans. Ancienne Première adjointe de M. Thuriot et ex-référente départementale de La République en marche, elle mène dorénavant une liste "vraiment indépendante".
"J'ai été séduite par Macron, par sa nouvelle façon de faire de la politique, mais j'ai fait le constat que son parti fonctionne comme tous les partis", lâche-t-elle. "Denis Thuriot est devenu le porte-parole du gouvernement, mais les gens nous disent +le macronisme, on en a marre+".
"Thuriot utilise sa ville comme un strapontin", renchérit Xavier Morel. Ancien adjoint au maire, cet entrepreneur de 62 ans a fait partie de la "société civile" attirée par l'ambition de "faire de la politique autrement". "C'est moi qui suis allé chercher Thuriot en 2013 pour créer un mouvement sans étiquette. Il a rejoint Macron en 2017. C'est lui qui m'a trahi", accuse-t-il, assurant mener une liste réellement apolitique.
Le réveil des partis
Face à l'implosion de la macronie, les partis "traditionnels" croient en leur résurrection.
"C'est une réinvention", estime Wilfrid Séjeau, à la tête de la seule liste de gauche (PS, écologistes et PCF). En 2020, il y en avait eu cinq. "Certains à gauche ont voté pour Denis Thuriot mais ils se sont sentis trahis quand il a pris un virage à droite", juge ce libraire de 46 ans, vice-président du département et conseiller régional.
La droite aussi se sent pousser des ailes: après avoir soutenu Denis Thuriot en 2020, elle présente aujourd'hui sa propre liste. "Le macronisme est impossible. Dans la vie, on n'est pas sans étiquette", croit le LR Baptiste Dubost, 28 ans.
Ce pharmacien dénonce "l'insécurité en hausse" et les "nombreux immigrés", des thèmes à prendre alors que le RN ne présentera aucun candidat, malgré sa percée aux législatives de 2024.
Malgré cette concurrence, Denis Thuriot ne sonne pas la fin du macronisme. "L'esprit de rassembler hors des partis, je continue à le porter. Ici, les décisions du conseil municipal sont prises à l'unanimité à 94%".
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