Sur les terres de Jaurès, le mystère de l'union de toutes les gauches demeure intact à deux jours du premier tour des municipales toulousaines, seule condition pour tenter de déboulonner le maire divers droite, Jean-Luc Moudenc.
Tous les drapeaux flottaient cette semaine au dernier meeting de campagne de la gauche, tous sauf celui des Insoumis.
Dans toutes les bouches, on se targuait d'avoir réussi à unir onze organisations de gauche derrière la tête de liste socialiste François Briançon.
Mais pas un mot sur LFI ni son candidat François Piquemal, sans lequel aucune victoire possible de la gauche au Capitole, où trône le buste de pierre de Jean Jaurès, figure tutélaire qui y fut adjoint au maire.
Bien qu'absente au meeting, la très influente Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, était dans tous les esprits: elle s'est résolument opposée à toute alliance avec le parti mélenchoniste, qualifiée de "déshonneur" après que son leader a été accusé d'antisémitisme pour avoir ironisé sur la prononciation du nom Epstein.
Mais dans la ville rose, dirigée par la droite depuis 2014, les sondages laissent penser que la gauche toulousaine ne pourra détrôner le maire DVD, en tête au premier tour dans les intentions de vote, qu'en cas de fusion au second tour entre les listes Briançon et Piquemal.
Le seul chemin
"L'union, c'est le seul chemin pour battre la droite", plaide le candidat et député LFI, qui "veut l'union et fera tout pour l'union".
"Epstein, Epstine, les gens ne parlent pas de ça", dit-il à l'AFP, les électeurs "veulent savoir ce qu'on propose" et "disent de faire l'union au second tour".
A la tête de la liste unie, François Briançon "a demandé des clarifications" au candidat LFI mais "on verra ce que l'on fera" à l'issue du premier tour, a-t-il confié jeudi, sans exclure donc un rassemblement. A son côté, Carole Delga a réitéré son veto alors que le bureau national du PS a envisagé du "cas par cas".
Dans une métropole à la démographie galopante, bientôt troisième ville de France, l'enjeu de ces municipales est déjà national pour le candidat et patron de la fédération PS de Haute-Garonne.
"A l'approche de la présidentielle 2027, nous devons entrer en résistance pour empêcher l'inacceptable", a scandé mercredi M. Briançon devant quelque 1.500 sympathisants, "et quoi de mieux qu'une grande ville de gauche et écologiste pour mener ce combat" et devenir un "refuge contre l'extrême droite".
Car si M. Briançon ne soupçonne pas M. Moudenc "de vouloir faire alliance" avec l'extrême droite, il redoute que l'édile puisse "lui servir de marche-pied".
Selon un récent article de Mediacités, également publié par Mediapart, le candidat à sa réélection aurait aidé Reconquête! à trouver des candidats aux municipales afin d'affaiblir la liste RN, ce que M. Moudenc nie catégoriquement.
"Ce n'est pas très beau à voir", a commenté Louis Aliot, le maire RN de Perpignan venu soutenir son candidat à Toulouse, parlant d'un "coup tordu" d'élus qui "se laissent aller à vilipender la droite classique mais trouvent des petits arrangements entre eux pour fabriquer des listes et gêner le Rassemblement national".
Un phare pour la France
Toulouse vote traditionnellement à gauche aux élections nationales, régionales et départementales mais la mairie a paradoxalement été tenue par la droite pendant un demi-siècle, à l'exception d'un seul maire PS, Pierre Cohen.
Pour le finaliste malheureux de 2020, l'écologiste Antoine Maurice, "l'unité des gauches s'inscrit dans notre ville depuis plus d'un siècle et demi. Du radicalisme municipal au socialisme de Jaurès, de la mémoire des républicains espagnols (...) jusqu'à l'écologie politique aujourd'hui".
"Faites en sorte que Toulouse soit un phare pour ce pays" dans le combat contre l'extrême droite, a scandé Olivier Faure, le patron du PS, au dernier meeting de la gauche.
Pour M. Moudenc, qui brigue un troisième mandat, "le risque" d'une alliance de toutes les gauches, "c'est la mélenchonisation de la ville".
"Quelle que soit l'identité du François qui, dans cette hypothèse funeste, dirigerait la municipalité, je considère que c'est une situation qui serait gravement préjudiciable à Toulouse", a déclaré l'ancien membre du parti Les Républicains, fustigeant "le défilé des leaders nationaux" venus "instrumentaliser" les électeurs.