Face à des clients toujours plus connectés et exigeants, les professionnels du tourisme cherchent de nouveaux leviers pour gagner du temps et gagner en efficacité. Mardi 10 mars, la CCI Seine Estuaire a ainsi organisé un webinaire consacré à l'intelligence artificielle appliquée au tourisme, à l'hôtellerie et à la restauration. Intitulée «IA & Tourisme : boostez votre activité sans y perdre votre temps», la rencontre s'inscrit dans l'opération nationale Osez l'IA.
Animée par Nathalie Bance, chargée de projets innovants à la CCI Normandie, et Florian Ricard, conseiller numérique à la CCI Portes de Normandie, la session a présenté plusieurs usages concrets de l'IA pour les entreprises du secteur.
Des outils pour automatiser certaines tâches
Dans la restauration, l'IA peut par exemple générer des visuels, rédiger des menus ou aider à répondre aux avis en ligne. Dans l'hôtellerie, elle permet notamment d'automatiser certaines réponses clients, de traduire des contenus ou de proposer des suggestions personnalisées. «Les outils sont nombreux : ChatGPT, Copilot, Gemini, Claude, Perplexity, DeepSeek ou encore Adobe Firefly. Il faut savoir identifier le bon outil par rapport à son projet», souligne Florian Ricard.
«L'intelligence artificielle peut devenir un véritable assistant pour gagner du temps, répondre plus facilement aux demandes des clients et gérer certaines tâches récurrentes», explique Nathalie Bance. Florian Ricard compare ces outils à «une assistance», à l'image d'un vélo électrique : «Nous ne sommes pas obligés de l'utiliser à chaque fois. L'idée est d'être aidé dans la difficulté, tout en gardant les compétences humaines comme garde-fou».
Traduction, automatisation… l'IA au service de la productivité
Les échanges ont aussi permis aux professionnels de partager leurs premiers retours d'expérience. Certains utilisent déjà l'IA pour traduire des contenus destinés à une clientèle internationale. Une participante cite par exemple HeyGen, une solution capable de traduire et doubler automatiquement des vidéos : «L'accent est vraiment bon dans toutes les langues». Un autre intervenant confirme : «Cette IA est bluffante», tout en précisant qu'elle «supporte mal les changements de plans avec interlocuteurs différents». Pour plusieurs participants, ces outils peuvent aussi ouvrir de nouveaux marchés. «J'y vois une excellente opportunité de trouver de nouveaux clients dans des langues étrangères», souligne l'un d'eux.
Au-delà de ces usages, les intervenants rappellent l'intérêt économique de ces technologies. L'automatisation de certaines tâches administratives ou marketing pourrait générer un gain de productivité pouvant atteindre 20%. Pour en bénéficier, les entreprises doivent toutefois renforcer leur présence en ligne. «Plus vous créez du contenu et parlez de vous, plus les IA vont vous retrouver et vous créer du contenu personnalisé», explique Florian Ricard.
Entre prudence et enjeux environnementaux
Les échanges ont également fait émerger plusieurs interrogations parmi les professionnels. L'utilisation de l'IA pour répondre aux avis laissés en ligne suscite par exemple des réserves. «Si on répond toujours avec l'IA, est-ce qu'on ne risque pas de tomber dans l'impersonnel ?», s'interroge une restauratrice. Un autre professionnel estime que ces réponses peuvent être «très formatées» ou «très génériques», au risque d'affaiblir la relation avec les clients.
Les enjeux environnementaux et la question des données ont aussi été évoqués. Le fonctionnement de l'IA nécessite d'importantes infrastructures informatiques. «Faire une demande, c'est comme consommer environ 50 centilitres d'eau potable», explique Florian Ricard, en référence à l'eau utilisée pour refroidir les serveurs. Un participant relativise toutefois : «C'est bien d'en être conscient maintenant… du moment que l'on est sensibilisé, c'est l'essentiel». Aujourd'hui, seules 13% des PME et ETI françaises ont engagé l'intégration de l'intelligence artificielle. Avec le plan national Osez l'IA, l'objectif est de rendre ces outils accessibles à toutes les entreprises d'ici 2030 et d'en faire un levier de compétitivité.
Pour Aletheia Press, Lolita Péron Vranesic