Le secteur de l’expertise comptable est aujourd’hui sujet à un phénomène croissant de concentration, de massification des cabinets du fait de l’évolution de leurs activités liés notamment à la transformation digitale. Comment votre groupe se positionne dans ce contexte ?
Bruno Da Silva : La transformation digitale de nos activités entraîne nos entreprises à se donner les moyens pour financer cette évolution. Le moyen pour y parvenir est de grossir pour vous permettre d’apporter du chiffre d’affaires supplémentaire, d’augmenter votre rentabilité pour assurer le financement de cette transformation. C’est toute une stratégie à mettre en œuvre.
Une stratégie qui passe par de la croissance externe ?
L’effet de taille est nécessaire aujourd’hui non pas pour être le plus gros et le plus beau mais c’est tout simplement vital pour financer nos développements et réussir notre transformation. Notre taille critique sera celle qui nous permettra de financer notre développement, non pas en termes de chiffre d’affaires, mais d’avoir les moyens nécessaires pour réussir notre transformation digitale. Chez Exco Nexiom, nous sommes aujourd’hui sur la partie Alsace, Moselle, Meurthe-et-Moselle et Vosges sur cinq sites (Épinal, Nancy, Metz, Thionville et Strasbourg) et un bureau à Paris pour 320 collaborateurs au niveau du groupe dont plus de 200 dans la région. Nous générons aujourd’hui un chiffre d’affaires de 33 millions d’euros pour un portefeuille de 6 000 clients. Nous sommes en train de concrétiser une opération de croissance externe sur Metz ce qui va nous permettre de gagner en visibilité dans cette partie de la région. Nous regardons également beaucoup sur Strasbourg où nous visons un chiffre d’affaires entre sept et dix millions d’euros. L’objectif, à Strasbourg, y est de doubler le nombre de collaborateurs, passer de 30 à 60. Le territoire est vaste et de nombreuses choses sont à faire. Cela a du sens dans notre développement. Ces opérations sont des croissances voulues et nécessaires. Cela ne sert à rien d’empiler pour empiler mais il est certain qu’il y aura d’autres opérations de ce type dans l’avenir.
Dans cette logique générale, où la financiarisation s’est installée avec une recherche forte de valorisation, le paysage à venir pourrait se résumer à la seule présence de cabinets, disons, mastodontes ?
La concentration des cabinets que l’on observe aujourd’hui va s’accélérer d'autant que la population des experts-comptables est elle aussi soumise à la pyramide des âges. Bon nombre de dirigeants de cabinets sont dans la tranche des 50-60 ans. Ce qui laisse présager un modelage du paysage encore plus important dans les prochaines années. À terme, il restera quelques mastodontes et des cabinets très spécialisés sur des niches spécifiques. Les cabinets d’expertise comptable intéressent de plus en plus les fonds d’investissement qui voient en eux une perspective financière certaine s’ils parviennent à négocier le virage de la transformation digitale en cours. La financiarisation actuelle entraîne des appels du pied sur le marché. Ce qui hier pouvait se valoriser moins fort se valorise aujourd’hui très fort. Tout cela est en fait la traduction de ce besoin vital d’avoir les moyens pour nos cabinets d’être attractifs et de proposer les prestations que nos clients sont en droit d’attendre de sociétés comme les nôtres.
Cette financiarisation n’est-elle pas un risque pour votre secteur d’activité ?
La valorisation des cabinets d’expertise comptable est en pleine mutation avec une importance croissante accordée à la rentabilité et à la capacité d’innovation. Certains cabinets se développent très vite, grâce notamment à la présence de ces fonds d’investissements. Autour de nous, vous aviez des cabinets qui faisaient 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui en font aujourd’hui 50 car des fonds y ont investis massivement et les opérations de rachat se multiplient. Dans l’univers des cabinets d’expertise comptable, c’est un peu l’embellie actuellement mais on reviendra à un système où tout sera reconstruit sur des bons repères, plus rationnels. Il faut garder la tête froide ! Racheter, c’est bien mais il faut ensuite pouvoir piloter.
Racheter, c’est bien mais il faut encore ensuite pouvoir piloter
Avez-vous aujourd’hui maîtrisé ce fameux virage de la transformation digitale ?
L’automatisation que nous connaissons change et bouleverse tout ! Cette transformation digitale est un courant qui s’accélère de plus en plus. Vous prenez la facturation électronique, c’est un élément dont on entend beaucoup parler. En fait, ce n’est qu’un élément de la digitalisation. Aujourd’hui, nous faisons déjà beaucoup d’intégration de données, de factures clients, de factures fournisseurs, de flux bancaires : tout cela est déjà intégré depuis plusieurs années. La facture électronique est une obligation légale demandée par l’administration fiscale pour assurer des flux de facturation normés ce qui va accélérer encore plus la transformation de la gestion d’un dossier client. Pour nos cabinets, cela veut dire qu’il faut continuer à transformer l’organisation de notre modèle en maîtrisant cette digitalisation et surtout en conservant nos valeurs de proximité et de contacts humains. L’enjeu aujourd’hui c’est l’exploitation de la data. La digitalisation, le déploiement des outils collaboratifs, permet d’emmagasiner un flux quasi infini de données. La bonne question est de savoir ce que l’on en fait réellement. C’est stratégique d’avoir le développement des process digitaux mais l’important demeure la qualité de nos services.
Quel est votre modèle aujourd’hui ?
La valeur ajoutée de nos sociétés s’est déplacée. Les cabinets qui s’adaptent et maîtrisent les évolutions technologiques et diversifient leurs services sont ceux qui se positionnent le mieux . La part comptable pure devient de plus en plus minime. Nous faisons de l’accompagnement, de l’audit, du conseil social et juridique, de la paie, de la consolidation, de l’évaluation. Depuis quelques mois, nous venons de lancer une nouvelle offre de services autour de la durabilité de l’entreprise avec une nouvelle marque baptisée Demain.
Quelle est l’objectif de cette nouvelle marque ?
C’est accompagner la stratégie de durabilité des entreprises. Elles prennent de plus en plus en considération leur impact sociétal et environnemental mais elles doivent être accompagnées dans leurs démarches. Bon nombre d’entreprises aujourd’hui doivent faire face à des contraintes RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et doivent les intégrer pour continuer à exister ou simplement pouvoir toujours accéder à certains marchés. Nous sommes devenus des consultants pour les accompagner à mettre en place au sein de leur organisation un véritable pôle de durabilité.
D’autres offres de services sont-elles déjà en préparation ?
Nous sommes continuellement en veille, aussi bien sur l’évolution de nos métiers, que sur les besoins de nos clients pour leur permettre de faire face à un écosystème en totale évolution. Une offre de services autour de la cybersécurité ou encore de l’exploitation des données est plus qu’à l’étude.
En veille continue
«Un cabinet comptable des années 1980, ce n’est plus celui d’aujourd’hui». Constat établi par Bruno Da Silva, le président du groupe Exco Nexiom face à la mutation technologique. Au sein du Comité stratégique d’associés (une vingtaine), une cellule de veille permanente, aussi bien sur l’évolution de métiers que sur celle des besoins clients, permet aux professionnels du Chiffre de construire le cabinet de demain.