Des peines allant de cinq à neuf ans de prison ont été requises à l'encontre de sept prévenus, membres d'un clan bosnien poursuivi à Paris pour avoir contraint des mineurs à voler, au terme d'un procès qui a mis en lumière un système se perpétuant de génération en génération.
Dès le début de son réquisitoire, la procureure de la République a dénoncé l'organisation mise en place par la famille Hamidovic. "Un système qui utilise des mineurs pour s'assurer une forme d'impunité, un système qui a engendré un quotidien éprouvant et douloureux", a déclaré Alice Guillet, évoquant "des enfants sans racines, sans avenir, dont les parents ne connaissent parfois même pas la date de naissance".
"Face à ce système, la sévérité est le seul outil pour envoyer un message", a ajouté la procureure en désignant les prévenus, tous membres de la famille Hamidovic, accusés d'avoir contraint des enfants, les leurs pour la plupart, ainsi que de jeunes femmes adultes, à voler, sous peine de coups, de brûlures ou encore de violences sexuelles.
Sans surprise, la peine la plus lourde, neuf ans d'emprisonnement et 800.000 euros d'amende, a été requise par le ministère public contre le patriarche, Roberto Hamidovic, 48 ans.
Sept ans de prison et une amende de 200.000 euros ont été requis contre son épouse, Lejla Hamidovic.
Des peines allant de cinq à sept ans d'emprisonnement ont également été demandées contre les belles-sœurs du couple ainsi que contre leurs fils majeurs, avec des amendes de 50.000 à 400.000 euros.
Le parquet a enfin réclamé une interdiction définitive du territoire français à l'encontre de l'ensemble des prévenus.
Déterminisme
Une information judiciaire avait été ouverte fin 2022 pour traite d'êtres humains, vols organisés, corruption de mineurs, blanchiment et association de malfaiteurs.
Selon l'enquête, les jeunes pickpockets étaient conduits par groupes de six à neuf, à l'aéroport de Roissy, à Disneyland Paris, notamment en soirée pendant la parade, ou sur les quais du RER à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne) où ils ciblaient principalement des touristes étrangers.
Les enfants, absents de l'audience, rentraient ensuite à Paris remettre le fruit de leurs vols, en moyenne 25.000 euros par jour, aux hommes du clan, selon l'ordonnance de renvoi consultée par l'AFP.
Les investigations ont démontré que les généraux du réseau profitaient d'un "train de vie dispendieux", affichant des liasses de billets sur les réseaux sociaux, fréquentant assidûment des casinos, des hôtels et de grands restaurants.
Pendant les audiences, les prévenus ont nié l'existence d'un réseau. A la barre, Roberto Hamidovic a lui déclaré toucher entre 2.000 et 5.000 euros par mois, grâce à une activité d'achat-revente de voitures.
"Au cours de ce procès s’est posée la question du déterminisme, qui saute aux yeux dès la première ligne du dossier", a déclaré la procureure en rappelant que les sept prévenus ont eux aussi été contraints de voler pour leurs parents pendant leur enfance.
"Quelles chances avaient-ils de ne pas, à leur tour, une fois adultes, mettre les plus jeunes au travail dès qu'ils en avaient l'âge ?"
"Les chances étaient faibles, voire nulles. Ils sont passés de victimes à bourreaux", a-t-elle poursuivi, évoquant aussi les précédents procès pour traite d'êtres humains en 2013 et 2025 d'autres membres de la famille Hamidovic.
"Nous devons refuser défaitisme et fatalité", a conclu la procureure.
Si la plupart des enfants dont il a été question pendant le procès ont été récupérés par la famille Hamidovic, la procureure a achevé son réquisitoire en évoquant le sort des rares mineurs placés en famille d'accueil.
"Investi dans sa scolarité... évolue très bien... adaptée de manière spectaculaire..."
Le délibéré sera rendu mercredi par le tribunal correctionnel.