Quatre ans de prison pour Joël Guerriau pour soumission chimique sur Sandrine Josso
Un cas retentissant de soumission chimique: le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi soir à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, l'ex-sénateur Joël Guerriau, reconnu coupable d'avoir drogué en 2023 la députée...
Un cas retentissant de soumission chimique: le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi soir à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, l'ex-sénateur Joël Guerriau, reconnu coupable d'avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer.
Au terme de plus de quatre heures de délibéré, le tribunal a considéré que l'ancien élu centriste, qui plaidait l'accident, avait bien intentionnellement drogué à la MDMA une amie députée, Sandrine Josso, lors d'un dîner en tête-à-tête le 14 novembre 2023 à son domicile parisien.
De même, l'intention sexuelle du prévenu, que celui-ci dément fermement, "se déduit" notamment des "conditions intimistes de la soirée", des "déclarations constantes de la plaignante" et de "l'insistance" du sénateur à lui faire boire la flûte de champagne qu'il avait préparée contenant de la MDMA diluée.
Il a été condamné en conséquence à 30 mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, comprenant notamment une obligation de soins, et 18 mois ferme.
Pour la partie ferme, le tribunal a décerné à l'encontre de l'ex-élu Horizons de 68 ans un mandat de dépôt à effet différé, mais sans exécution provisoire.
Celui-ci sera donc suspendu par l'appel du sénateur, que son avocat Henri Carpentier a annoncé à la presse après l'audience.
Devant les caméras, Sandrine Josso a exprimé son "immense soulagement" de voir sa qualité de victime reconnue sur toute la ligne par la juridiction.
À l'encontre de celui qui avait été l'un des représentants de la Loire-Atlantique au Sénat de 2011 à 2025, charge dont il a démissionné en octobre 2025, le parquet avait requis dans l'après-midi quatre ans de prison, dont trois ferme, estimant que son geste était "préparé, prémédité".
"Je suis totalement écrasé par ce que le procureur a pu dire et ses conclusions. Je n'ai jamais eu l'intention de commettre une agression ou de faire du mal à Mme Josso", a réagi Joël Guerriau, visiblement abattu, lors de son ultime passage à la barre avant que le tribunal ne se retire pour délibérer.
Les deux jours d'audience ont donné lieu à l'affrontement dans le prétoire de lectures opposées de ce huis-clos vespéral survenu dans le pied-à-terre de Joël Guerriau, à deux pas du Sénat.
"Je suis allée voir un ami, je suis allée le cœur léger fêter sa réélection. Au fur et à mesure de la soirée, j'ai découvert un agresseur, en fait", a résumé lundi d'une voix faible à la barre Sandrine Josso, 50 ans, qui s'est dite meurtrie psychologiquement et physiquement par cette soirée.
Un imbécile
Invitée par Joël Guerriau, un ami de dix ans de sa famille politique, la députée Modem avait débarqué vers 20H00 dans son petit triplex de la rue Monsieur Le Prince, profitant d'une pause entre deux séances à l'Assemblée nationale. Là elle avait découvert avec surprise son hôte en jogging et qu'elle était la seule invitée.
A mots pesés, la parlementaire a refait devant le tribunal le fil de la soirée: il lui demande si elle souhaite du champagne blanc ou rosé, elle choisit le blanc. Il prépare les verres sur le comptoir de sa kitchenette, les sert. En bouche, le champagne s'avère "sucré", "comme un peu gluant".
"J'ai pensé que c'était peut-être un mauvais champagne. Là, il a insisté pour qu'on trinque à nouveau. Je trouvais ça étonnant. Et puis il allait vers le variateur (de lumière). Et puis après, il mettait fort l'intensité, puis il baissait. Il revenait s'asseoir. Il disait +Mais tu bois rien+", a raconté Sandrine Josso.
Au bout d'une vingtaine de minutes, la députée commence à se sentir mal: palpitations cardiaques, bouffées de chaleur ou de froid, nausées, tremblements... La panique la gagne totalement lorsqu'elle le voit manipuler, à la cuisine, un sachet transparent à côté de sa coupe de champagne.
Prétextant devoir retourner à l'Assemblée, elle commande un taxi, récupérée au palais Bourbon par des collègues, en grande détresse, parlant ou se tenant difficilement debout, se croyant mourir.
Transportée à l'hôpital, les analyses toxicologiques relèvent une forte intoxication de son corps à l'ecstasy, très nettement supérieure à une prise récréative. Associée à l'alcool, la MDMA peut provoquer des trous de mémoire.
Interrogé durant trois heures lundi par le tribunal, Joël Guerriau a justifié par une rocambolesque inadvertance l'intoxication par une MDMA pure à 91,1% de son amie "Sandrine" - qui le nomme, elle, "M. Guerriau".
Selon sa version, il aurait servi par erreur à son invitée la poudre euphorisante qu'il s'était destiné dans le contexte d'un épisode dépressif.
"Bref, je suis un imbécile", a-t-il conclu... allant même jusqu'à saluer l'engagement politique de Sandrine Josso contre le fléau de la soumission chimique.
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