En bref

Saisie record de drogue: le procès de l'ex-chef des stups s'ouvre, sans l'informateur-clé

Le procès de l'ex-patron des "stups", jugé pour complicité de trafic de drogue, s'est ouvert lundi à Bordeaux en l'absence de son principal informateur, détenu au Maroc et soupçonné d'avoir commandité l'acheminement à Paris d'une quantité...
L'ancien chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, arrive au tribunal de Lyon pour l'ouverture de son procès le 23 septembre 2024 © JEFF PACHOUD

L'ancien chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, arrive au tribunal de Lyon pour l'ouverture de son procès le 23 septembre 2024 © JEFF PACHOUD

Le procès de l'ex-patron des "stups", jugé pour complicité de trafic de drogue, s'est ouvert lundi à Bordeaux en l'absence de son principal informateur, détenu au Maroc et soupçonné d'avoir commandité l'acheminement à Paris d'une quantité record de sept tonnes de cannabis en 2015.

Le commissaire François Thierry, aujourd'hui âgé de 57 ans, est arrivé peu avant 9h00 au tribunal de Bordeaux, où il comparaît en correctionnelle jusqu'au 31 mars (avec suspension les 5 et 6 mars) dans ce dossier retentissant ayant mis en lumière les relations troubles entre "flics" et "indics" et conduit à une réforme de la lutte anti-stupéfiants en France.

Dix-huit prévenus, 70 tomes de procédure, une trentaine de journalistes accrédités, plusieurs livres et un film... L'audience, dépaysée à Bordeaux, est présentée par les avocats comme "hors norme" ou "exceptionnelle".

Costume sombre et cravate grise, haute stature et yeux clairs, François Thierry s'est présenté à la barre accompagné de son avocate, Me Angélique Peretti. Tous deux n'ont pas souhaité s'exprimer avant les débats.

"C'est quand même un dossier très particulier. Ce n'est pas tous les jours qu'on a ce genre de prévenus devant le tribunal", a résumé pour l'AFP Me Julie Elduayen, avocate de l'informateur Sophiane Hambli.

Ce dernier, trafiquant de très grande envergure approché par François Thierry dans une prison espagnole à la fin des années 2000, n'est en revanche pas présent à l'audience, détenu au Maroc où il purge une longue peine.

Opérations "Myrmidon

Sophiane Hambli (parfois orthographié Sofiane) a fait l'objet d'une demande de remise temporaire auprès des autorités de ce pays, en vain, a-t-on appris auprès du parquet. Récidiviste, il encourt 20 ans de prison.

Lorsque François Thierry dirigeait l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) de 2010 à 2016, il misait sur l'infiltration des filières de narcotrafic à l'aide de cet informateur, quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire dans le cadre de "livraisons surveillées", aux fins d'appréhender les têtes de réseau.

Pour mener l'une de ces opérations, baptisées "Myrmidon" du nom d'intrépides guerriers de la mythologie grecque, le policier avait notamment organisé une garde à vue fictive de Sophiane Hambli en 2012. Il a été acquitté pour ces faits, en 2024, par la cour criminelle du Rhône.

C'est lors d'une autre de ces opérations qu'avaient été découvertes par les douanes, le 17 octobre 2015, 7,1 tonnes de résine de cannabis dans plusieurs fourgonnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris, au pied d'un appartement luxueux loué alors par M. Hambli.

Une saisie record mais un gros hic, sur fond de guerre des services: la marchandise provenait d'un chargement de plus d'une douzaine de tonnes importées du Maroc via l'Espagne dans le cadre d'une livraison censée être "surveillée" par l'Ocrtis.

Limites "franchies

Né à Mulhouse, surnommé "La Chimère", Sophiane Hambli est accusé d'avoir été le "seul commanditaire" de la drogue saisie alors. Lui soutient être intervenu comme "logisticien" d'une opération validée par l'Ocrtis.

François Thierry qui dirige aujourd'hui le service de la transformation numérique de la police nationale, après avoir été banni de la PJ, est soupçonné d'avoir favorisé l'importation du cannabis sans avoir informé totalement l'autorité judiciaire.

Lui martèle, au contraire, que les magistrats étaient au courant de ses méthodes.

En 2023, le parquet de Bordeaux avait requis un non-lieu en sa faveur mais les juges d'instruction l'ont renvoyé devant le tribunal pour "complicité" de trafic de stupéfiants et destruction de preuve.

Pour eux, les limites ont été "très largement franchies" dans la relation entre le policier et son informateur.

Outre la chute de François Thierry, l'affaire a conduit à réformer la lutte antidrogue: une loi de 2019 est censée avoir encadré les "livraisons surveillées", tandis que voyait le jour un nouvel office anti-stupéfiants, l'Ofast.

En 2021, elle a également inspiré le film "Enquête sur un scandale d'État" de Thierry de Peretti - avec Pio Marmaï, Roschdy Zem et Vincent Lindon - lui-même tiré du livre "L'Infiltré" de feu l'ex-agent Hubert Avoine et du journaliste de Libération Emmanuel Fansten.

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