Côté public, un véritable triomphe : 12 millions de visiteurs en 2025, un de plus en deux ans. Côté coulisse, interrogée sur sa plus grande frustration, « c'est l'argent. On cherche des solutions en permanence », répond Marie Lavandier, précédemment directrice du Louvre Lens et aujourd'hui présidente du CMN, Centre des monuments nationaux. Ce dernier assure restauration, entretien et accueil du public de 110 monuments de l’État (de l'Arc de triomphe à des villas années 30 peu connues. Le 5 février dernier, à Paris, lors d'une rencontre organisée par l'AJP, Association des journalistes du patrimoine, Marie Lavandier présentait -notamment- l'originalité du modèle économique et les difficultés de cet établissement public sous tutelle du ministère de la Culture. A l'instar du reste du monde de la culture, ses financements publics diminuent. En 2025, « nous avons subi une baisse de plusieurs millions d'euros », du budget, confirme Marie Lavandier. La tendance avait déjà commencé entre 2023 et 2024, montrent les rapports annuels du CMN dont le budget global tourne autour de 220 millions d'euros.
Côté ressources propres, « les visiteurs sont nos premiers mécènes », commente Marie Lavandier. A elle seule, la billetterie a rapporté 90 millions d'euros en 2025. S'y ajoutent les ressources provenant de l'édition, des ventes en boutiques, de la location d'espaces et du mécénat. Ce dernier – 5 à 6 millions d'euros en 2025-, fait partie des pistes d'avenir en matière de financements. « Cela demande un travail considérable », pointe Marie Lavandier, citant l'exemple du récent chantier de restauration du palais de Tau où faisaient étape les rois à l'occasion de leur sacre, à Reims. Le CMN s'est adossé à la Fondation du patrimoine, dont c'est la mission, pour trouver des mécènes. Ces derniers financent la réalisation de vitraux de la chapelle Palatine confiée à des artistes contemporains, Anne et Patrick Poirier. « Nous avons accepté de revenir à une pratique ancienne consistant à inscrire le nom des mécènes sur les verrières », relate Marie Lavandier.
Locomotives et écologie de la conservation
Mais le CMN travaille à faire évoluer son modèle de fonctionnement bien au delà d'un simple développement du mécénat. En effet, ses ressources propres suffisent à financer l'entretien mais ne permettent pas d'assurer les restaurations parfois majeures que nécessitent les monuments. « Plus personne n'a la capacité de faire face à ces chantiers qui requièrent plusieurs centaines de millions d'euros », explique Marie Lavandier. Ainsi, le développement d'une « écologie de la conservation » constitue l'un des 10 chantiers du projet CMN 2030. Il s'agit de réinvestir dans un entretien plus régulier des monuments et de favoriser une « restauration conservatoire » qui permet une conservation durable, tout en prenant en compte la nécessité de l'adaptation au changement climatique. «Cela constitue un véritable changement de paradigme », commente Marie Lavandier. A la demande de la ministre de la Culture, un autre chantier occupe aussi les équipes du CMN : un éventuel élargissement du périmètre de l'établissement. L'enjeu est de taille, au regard de son fonctionnement (mutualisation des moyens et péréquation économique). « Certains monuments sont des locomotives en termes d'image et aussi financier. Leurs recettes excédent leur coût d'exploitation, ce qui permet de financer la myriade de petits monuments qui ne sont pas dans ce même schéma », précise la présidente.
Historiquement, le CMN fondé en 1914 a progressivement agrégé les monuments, « de manière aléatoire. Des élus très influents ont réussi à faire acheter des monuments en déshérence ». Et la vague de décentralisation des années 2000 s'est traduite par le départ de certaines « locomotives », comme l'abbaye royale de Fontevraud, confiée à la Région des Pays de la Loire. A l'inverse, en 2024, l'Etat a racheté deux sites préhistoriques aux Eyzies (Périgord), l'abri Cro-Magnon, et la Grotte du sorcier pour les confier au CMN qui gère déjà d'autres sites proches, enrichissant son offre touristique.
Aujourd'hui, « il n'est pas possible d'accueillir de manière systématique des monuments avec un profil économique déséquilibré », au sein du CMN, explique Marie Lavandier. Les réflexions vont plutôt dans le sens d'une sorte de labellisation qui permettrait de combler des manques : dans le Grand Est, par exemple, le CMN n'est pas présent. Or, représenter 200 ou 300 monuments permettrait une meilleure visibilité à l'international. « Le CMN n'est pas encore la grande marque touristique qu'il pourrait être », estime sa présidente.