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Soupçons de menaces sur Kessaci: le parquet national anticriminalité s'empare de l'enquête

Les magistrats parisiens du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) ont pris la main sur l'enquête ouverte autour de soupçons de menaces sur Amine Kessaci, militant marseillais devenu un symbole de la lutte contre le narcotrafic qui...
Portrait d'Amine Kessaci lors d'une session photo à Paris, le 26 décembre 2025 © ALAIN JOCARD

Portrait d'Amine Kessaci lors d'une session photo à Paris, le 26 décembre 2025 © ALAIN JOCARD

Les magistrats parisiens du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) ont pris la main sur l'enquête ouverte autour de soupçons de menaces sur Amine Kessaci, militant marseillais devenu un symbole de la lutte contre le narcotrafic qui s'est dit vendredi déterminé à "tenir tête."

Interrogé par l'AFP, le Pnaco a précisé vendredi après-midi s'être "saisi de cette enquête, diligentée en flagrance du chef de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime en bande organisée".

La veille au soir, Amine Kessaci, 22 ans, avait dû être exfiltré en urgence, avant un meeting à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), en raison d'une "menace imminente", a-t-il expliqué à l'AFP.

C'est cette alerte de sécurité, dont les circonstances n'ont pas été rendues publiques, qui a entraîné l'ouverture d'une enquête, comme l'avait révélé Le Parisien.

Amine Kessaci, qui vit sous protection policière depuis août et dont deux frères ont été assassinés, était venu soutenir le candidat d'une union de la gauche à la mairie d'Aix-en-Provence, le député PS Marc Pena.

Il a été exfiltré lors d'une conférence de presse précédant un meeting de ce dernier qui était l'occasion pour M. Kessaci de porter son message pour inciter les villes à s'engager face au narcotrafic, a indiqué à l'AFP l'entourage du militant écologiste.

Lui-même est engagé avec le "Printemps Marseillais", coalition de partis de gauche et Ecologistes emmenés par le maire sortant et ex-PS Benoît Payan dans la deuxième ville de France.

"Je veux dire toute ma détermination, toute notre détermination à tenir tête", a dit M. Kessaci à l'AFP, tout en reconnaissant qu'il pourrait être amené à "faire campagne autrement."

"Faire campagne, ce n'est pas uniquement aller faire du porte-à-porte, c'est aussi répondre à des sollicitations presse, être sur les réseaux sociaux", a-t-il dit à l'occasion d'une rencontre avec le maire.

"J'irai sur le terrain, on ne m'interdira jamais d'aller" quelque part, a-t-il souligné. "Néanmoins, il faut le faire à raison gardée, en ayant toutes les conditions de sécurité qui soient réunies, sans provoquer qui que ce soit", a reconnu le jeune homme, étudiant en droit et ex-candidat NFP (Nouveau Front populaire) à Marseille aux législatives de 2024.

Combat plus grand

L'enquête est désormais entre les mains des procureurs parisiens du Pnaco, entité créée en janvier pour les affaires de criminalité organisée les plus complexes, souvent liées au trafic de drogue. Côté enquêteurs, l'Office central de lutte contre la criminalité organisée est saisi, de même que la direction zonale de la police nationale sud.

Le 13 novembre, la mort de Mehdi Kessaci, 20 ans, frère du militant, avait bouleversé Marseille. Là encore, c'est le Pnaco qui est en charge de l'enquête.

La famille Kessaci avait déjà été endeuillée en 2020 avec la mort du grand frère Brahim, impliqué lui dans le trafic, et dont le corps avait été retrouvé carbonisé.

"Ce matin je me suis levé, comme le 14 novembre, en me disant que je ne me tairai pas", a encore indiqué Amine Kessaci.

Le narcobanditisme a coûté la vie à 17 personnes en 2025 à Marseille, selon les autorités, un chiffre encore en baisse par rapport aux précédentes années.

Après un funeste record de 49 morts en 2023, les violences en 2024 liées à la guerre des gangs pour le contrôle des points de deal avaient coûté la vie à 24 personnes dans les Bouches-du-Rhône.

"Le défi qui nous est lancé par les narcotrafiquants, c'est un défi à la République", a déclaré Benoît Payan (divers gauche), aux côtés d'Amine.

"La République, c'est bien sûr la police, mais c'est aussi l'éducation, les services publics, le fait qu'un quartier ne soit pas abandonné", a-t-il plaidé.

"Cette campagne on va la continuer. Amine, ce n'est pas une difficulté, c'est le contraire, c'est de l'espoir, un combat plus grand que nous", a encore lancé le maire sortant.