Dossier

Soutenir l'insertion par l'économie : le modèle rouennais de La Fabrik à Yoops

L'entreprise solidaire La Fabrik à Yoops fabrique et loue des tiny houses aux personnes en insertion. Un modèle qu'est venu découvrir Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, le 21 avril à Rouen. 

Et une qui font cinquante. À Rouen, l'entreprise solidaire La Fabrik à Yoops s'apprête à livrer sa cinquantième tiny house. Fondée en avril 2022, l'entreprise est le bras armé de l'association La case départ, qui accompagne les personnes en situation de précarité dans leur réinsertion sociale et professionnelle. Un parcours qui passe par un logement… que La Fabrik à Yoops se propose de fabriquer.

Entièrement dédiée à cette cause, l'entreprise, qui recevait le 21 avril Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, emploie aujourd'hui 9 personnes, dont deux dans le cadre d'un contrat d'insertion. Et elle est en pleine mutation. «Nous avons fini 2025 avec un déficit de l'ordre de 10 à 15 000 euros. Il nous faut augmenter la production», explique Franck Renaudin, président de l'entreprise. «Notre objectif est d'atteindre 25 à 30 livraisons par an.» L'atelier est repensé pour accueillir une chaîne de production en flux tendu, capable de conduire de front la construction de quatre tiny houses.

Recherche d'investisseurs solidaires

Les maisonnettes sont ensuite louées aux personnes en situation de rue, avec un loyer modéré. Une phase intermédiaire pour ces hommes et ces femmes, dont un grand nombre n'est pas prêt à vivre en appartement. Les terrains sont souvent prêtés. «La Ville de Rouen a été la première à jouer le jeu, malgré des réticences», raconte Franck Renaudin. D'autres ont suivi, comme Notre-Dame-de-Bondeville, où cinq tiny houses sont installées depuis trois ans rue de l'Abbaye. «C'est une telle réussite, que la question du renouvellement du bail – à l'euro symbolique – ne posera pas de problème», assure le nouveau maire, Alain Quibel, qui aime à rappeler l'engagement municipal en faveur de l'insertion sociale.

La SNCF pourrait quant à elle devenir la première entreprise à participer à la cause. «Certains bailleurs sociaux sont aussi intéressés, car ce mode d'habitat permet de vérifier la compatibilité des demandeurs issus de la rue, avant de leur attribuer un autre logement», poursuit le président de la Fabrik à Yoops. Chaque maisonnette coûte 47 000 € hors raccordement aux réseaux. Si elles ne sont pas proposées à la vente aux particuliers, elle l'est aux investisseurs solidaires. «On en compte déjà sept ou huit, et certains vivent loin d'ici, sourit Franck Renaudin. Les acheteurs touchent 11 loyers par an, le douzième étant perçu par nos soins pour la gestion de la tiny house.»

Le logement comme base du retour à l'emploi

Si l'entreprise est peu dépendante des financements publics, ce n'est pas le cas de l'association, dont le budget annuel de 720 000 euros, est couvert à hauteur de 300 000 euros par des aides d'État. «Il y a beaucoup d'argent pour l'emploi, pour l'insertion, pour aider les gens, pour la formation... Il y a beaucoup d'argent et il ne faut pas le regretter», a plaidé le ministre Jean-Pierre Farandou, après s'être entretenu avec les locataires des tiny houses de Notre-Dame-de-Bondeville. «Ce que j'ai vu là, vraiment, me conforte dans mon engagement personnel. Le logement, c'est la base. C'est compliqué de postuler un travail quand vous n'avez pas une adresse à donner. Et inversement, ce n'est pas facile de trouver un logement quand vous n'avez pas de travail. Là, il y a une solution.»

Pour Aletheia Press, Benoit Delabre