Longtemps considéré comme un trouble exclusivement pédiatrique, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) persiste pourtant souvent à l’âge adulte. «Le TDAH est un trouble du neuro-développement. Il commence dans l’enfance, mais il ne disparaît pas à l’âge adulte», rappelle le docteur Sophie Delille. Sa prévalence est estimée à 2,8%. Un chiffre loin d’être marginal.
Sous-diagnostiqué
Dans l’enfance, le diagnostic est souvent posé face à une hyperactivité marquée ou à des troubles de l'apprentissage. Mais certains profils passent entre les mailles du filet. «Quand un enfant a de bonnes capacités intellectuelles ou évolue dans un cadre très structurant, les difficultés peuvent être compensées. Le trouble devient alors visible seulement plus tard», explique la psychiatre : collège, lycée, études supérieures… puis surtout l’entrée dans le monde du travail, moment charnière où les stratégies de compensation ne suffisent plus.
«Le diagnostic est alors un soulagement. Même si après, il y a parfois un moment de regrets : 'si j’avais su plus tôt…'. Mais très vite, quand le fonctionnement s’améliore, les patients reprennent leur vie en main», observe la spécialiste.
Désorganisation, distractibilité, impulsivité : le quotidien au travail
Chez l’adulte, le TDAH se manifeste avant tout par des difficultés attentionnelles. «Ce sont des personnes qui ont du mal à se mettre en route, à hiérarchiser les tâches. Plus il y a de choses à faire, moins elles savent par quoi commencer», décrit Sophie Delille. La distractibilité est également centrale. «Un bruit, une discussion à côté, et la personne perd le fil. Et surtout, elle n’arrive pas à revenir à la tâche initiale». À cela s’ajoute l’impulsivité : couper la parole, répondre sans filtre, s’emporter rapidement. «Ce n’est pas un problème d’autorité, mais une difficulté à inhiber ce qui vient spontanément», précise-t-elle.
Ces symptômes génèrent frustration, dévalorisation et conflits professionnels. «Les patients se disent : 'les autres y arrivent, pourquoi pas moi ?'». Beaucoup peinent ainsi à valider une période d’essai ou enchaînent les emplois, parfois jusqu’à l’épuisement...
Burn-out et dépression, des diagnostics parfois trompeurs
À la Maison Fleurie, de nombreux patients arrivent initialement pour un burn-out ou une dépression. «Ils sont épuisés parce qu’ils compensent en permanence. Ils fournissent dix fois plus d’efforts pour un même résultat», observe la psychiatre. Le diagnostic de TDAH vient parfois plus tard, au fil du suivi. «Mettre un mot sur ces difficultés est souvent un immense soulagement».
La prise en charge repose sur deux piliers : les stratégies psychothérapeutiques et le traitement médicamenteux. «On parle de lunettes psychologiques et de lunettes médicamenteuses», illustre Sophie Delille. Les stratégies d’organisation, comme le travail par séquences courtes avec des timers, aident à réguler l’attention et la motivation. «Ce n’est pas un déficit de l’attention, mais un trouble de la régulation de l’attention», nuance Sophie Delille. On peut donc faire jouer le curseur, ce qui est très encourageant.
Les traitements à base de méthylphénidate peuvent, eux aussi, être déterminants. «Les patients disent souvent : 'c’est beaucoup plus calme dans ma tête. Ils pensent enfin à une chose à la fois». Le sommeil s’améliore, l’efficacité aussi.
Aménager le travail
Pour la praticienne, le monde de l’entreprise a un rôle clé à jouer. «Éviter les open spaces, autoriser les casques anti-bruit, donner une tâche à la fois : ce sont des aménagements simples», plaide-t-elle. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) permet de légitimer ces demandes. À la Maison Fleurie, un programme de psycho-éducation est en cours de construction. Un cycle court, pluridisciplinaire, associant neuropsychologie, méditation, activité physique et connaissance de soi. Objectif : permettre aux patients de mieux comprendre leur fonctionnement et de retrouver une trajectoire professionnelle durable.
