"C'est totalement archaïque!" Le code électoral, qui bénéficie aux plus âgés en cas d'égalité des voix, passe mal à Val-de-Scie, ville de Seine-Maritime de 2.600 habitants, où cet improbable scénario s'est produit dimanche au 2e tour des municipales.
Lors du dépouillement, voix après voix, après recomptage, la liste du maire sortant Christian Suronne a récolté autant de bulletins (642) que celle de la liste citoyenne menée par Adèle Bourgis. Pour une victoire finalement accordée au maire sortant au privilège de l'âge, la moyenne d'âge des candidats de sa liste étant plus élevée.
"Au fur et à mesure des résultats, on a vu approcher l'égalité et on la redoutait parce que c'était évident qu'on était plus jeunes. C'était un peu la consternation", confie à l'AFP Mme Bourgis, 37 ans, professeure de chant.
Un sentiment de dépit encore accentué par la répartition des postes au conseil municipal à l'issue d'un calcul complexe. Sur les 27 sièges, la liste de Mme Bourgis en obtient... six.
"C'est fou, on représente quasiment 50% de la population, puisqu'il y avait une troisième liste qui a fait un tout petit résultat et on va être représentés à 22% au conseil!", s'indigne Mme Bourgis. "Alors qu'on a une démocratie un petit peu en difficulté, le message donné est catastrophique", cingle-t-elle.
Pour l’attribution du dernier siège - le 27e au conseil municipal - préférence a là aussi été donnée à l'âge, écartant ainsi Émilie Masseron, 43 ans, colistière de Mme Bourgis. "On est allé de déception en déception. Cette loi date du XIXe siècle, on est quand même au XXIe siècle! Il faudrait que les choses changent alors qu'on demande aux jeunes de s'investir dans la politique", estime Mme Masseron, qui travaille dans la communication.
Ce scénario rocambolesque a fait réagir de nombreux internautes dont la Fédération française de la Lose (FFL) sur X.
"La FFL adresse ses pensées à Adèle Bourgis qui nous a fait découvrir une nouvelle manière de perdre une élection (...). Avec 48 ans de moyenne, elle n’a donc rien pu faire contre les 57 de Christian Suronne. Pour obtenir un avantage lors des prochaines municipales, misez sur l’arthrose et des rhumatismes", ironise le compte humoristique aux plus de 400.000 abonnés.
Une pétition, demandant la réécriture de l'article L262 du code électoral, a été lancée sur le site de l'Assemblée nationale. Intitulée "Cas d'égalité aux élections: la valeur n'attend point le nombre des années!", la pétition propose d'organiser une "gouvernance partagée", un 3e tour, "une alternance organisée" ou encore un tirage au sort.
Sept communes au total ont connu une égalité parfaite au second tour des élections municipales.
Je respecte la loi
Mais comment expliquer une telle prime à l'âge avancée ? "C'est lié à l'histoire institutionnelle républicaine qui veut que l'âge soit associé à la sagesse et à la stabilité", rétorque le politologue Romain Pasquier.
"Et, en cas d'égalité, il faut bien trouver une solution. Historiquement, la prime était au plus âgé dans des sociétés où il y avait beaucoup de jeunes. Mais effectivement, on peut se poser la question de la prime au plus ancien dans des sociétés qui déjà vieillissent: c'est vrai que c'est sans doute peut-être à revisiter mais ce sera difficile à faire évoluer", relève M. Pasquier, directeur de la recherche de Sciences Po Rennes.
Pour manifester leur mécontentement, lors du conseil municipal d'installation, la liste perdante appelle tous ses soutiens à se rendre vendredi à 18H30 devant la mairie normande en brandissant une carte d'électeur.
Christian Suronne, 79 ans, qui siège au conseil municipal depuis 1977 et qui devrait entamer vendredi son cinquième mandat comme maire, dit "comprendre la frustration" de la liste perdante, se disant même "étonné" par la règle d'attribution des sièges.
Mais "je n'en aurais pas fait tout un pataquès. Moi aussi, il y a des lois qui ne me plaisent pas. Mais je ne dis rien et je respecte la loi", dit M. Suronne.
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