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Portrait

Verdun, chevillée au cœur

Maire nommé par le préfet depuis 2008 de la commune de Fleury-devant-Douaumont détruit au cours de la bataille de Verdun, Jean-Pierre Laparra s’apprête à briguer un nouveau mandat. Sans faire campagne, sans habitant ni même de bâtiment, il affiche sa conviction profonde et son engagement citoyen au service de la mémoire. Également président de l’association Verdun Expo, depuis vingt-cinq ans, ce Verdunois de naissance a su conserver l’envie et le plaisir de s’impliquer et d’agir, comme au premier jour.

© Benjamin Prost - Engagé depuis cinq décennies dans le bénévolat, Jean-Pierre Laparra a conservé son envie de s'investir à Verdun
© Benjamin Prost - Engagé depuis cinq décennies dans le bénévolat, Jean-Pierre Laparra a conservé son envie de s'investir à Verdun

Un engagement viscéral qui remonte à loin, inscrivant ses pas dans ceux d’un grand-père puis d’un père qui se sont toujours mis au service des autres. C’est tout naturellement que l’implication associative née, dès 1969, quand Jean-Pierre Laparra débute sa carrière, au sein des PTT... qu’il terminera chez Orange, à Verdun. Les mutations ne l’ont d’ailleurs jamais conduit bien loin de la cité de la Paix. Un choix assumé qui s’explique par son profond attachement à la Meuse et à Verdun. Avec un grand-père qui a vécu à Fleury-devant-Douaumont avant que n’éclate le premier conflit mondial et qu’il ne soit mobilisé, le goût pour l’Histoire a toujours uni la famille Laparra. Jean, le patriarche, décédé en 2013, a d’ailleurs fait partie de la commission municipale de Fleury-devant-Douaumont avant de la quitter pour être nommé maire de Bezonvaux, autre village détruit. C’est la spécificité de la Meuse qui compte neuf villages rayés de la carte lors de la bataille de Verdun, qui n’ont jamais été reconstruits mais ont été déclarés «villages morts pour la France» et sont administrés par un maire, nommé par le préfet.

Engagement familial

Quand son père quitte Fleury-devant-Douaumont, tous les regards se tournent naturellement vers Jean-Pierre Laparra, qui porte sur sa tête déjà plusieurs casquettes associatives dont la présidence de Verdun Expo. Il accepte, non sans cacher son émotion, de rejoindre la commission municipale, en 2000, avec la volonté de devenir un passeur d’Histoire. «Je ne suis pas un historien, contrairement à mon frère, mais je suis un descendant de ce village martyr. J’ai entendu mon grand-père me raconter tout un tas d’anecdotes que je partage désormais avec les touristes et les scolaires», confie le passionné. Huit ans après, le décès brutal du maire le conduit à accepter l’intérim. Il transmet sa candidature officielle en adressant une lettre de motivation au président du Département et au préfet de la Meuse. Ce rôle est avant tout «un honneur», même s’il ne prend pas pleinement conscience, au début, des engagements qu’il ne maîtrise pas encore comme la gestion du patrimoine communal : le non-bâti, la sécurité du site, ou l’accueil des scolaires et des personnalités. En 2008, son baptême du feu se fera sous les projecteurs avec la venue du président Sarkozy, dans le cadre du 90e anniversaire de l’Armistice. Les officiels et les cérémonies vont ensuite s’enchaîner avec, en point d’orgue, l’accueil de François Hollande et d’Angela Merkel en 2016, pour le Centenaire de la bataille de Verdun.

Une passion restée intacte

À l’heure où les candidats aux prochaines municipales vont entrer en campagne, Jean-Pierre Laparra a déjà de nouvelles idées et définit ses priorités qui visent à améliorer les visites, à créer de nouvelles structures paysagères. Il conserve la même envie. «Avec l’âge et l’expérience, seul le plaisir subsiste», avoue celui qui ne cache pas les doutes qui ont émaillé sa vie de bénévole  : «On se demande si on prend les bonnes décisions, si on sera à la hauteur», ajoute-t-il. Pas un jour ne passe sans qu’il ne se rende à Fleury-devant-Douaumont pour vérifier que tout est en ordre, qu’aucun arbre n’est tombé. C’est aussi l’occasion d’une vraie introspection. En silence, il pense aux habitudes des habitants de l’avant-Guerre puis partage des anecdotes dès qu’il croise un visiteur de passage. Ces échanges et le lien créé vers l’autre nourrissent d’ailleurs son quotidien et son implication.

Cinq décennies au service des autres

Depuis plus de cinq décennies, Jean-Pierre Laparra multiplie les engagements associatifs, sans jamais lever le pied, comme l’atteste son passage en retraite qui ne l’aura pas freiné. Bien au contraire. De ses débuts à la société de tir verdunoise, puis à la MJC de Verdun où il franchira toutes les marches de secrétaire à président, en passant par Verdun Expo qu’il préside depuis vingt-cinq ans, cet homme de conviction avoue aimer relever les défis. Et ce fut le cas quand il a rejoint la foire expo de Verdun. À cette époque, l’agriculture lui est totalement étrangère. Depuis, des partenariats ont été contractualisés mais pas seulement. Des relations d’amitié et de confiance se sont nouées. Il a surtout transformé cet événement associatif en «un grand rendez-vous exigeant», de rentrée, où culture, économie et agriculture se côtoient. Sous sa houlette, Verdun Expo s’est professionnalisée avec désormais plus de 46 000 visiteurs et 450 exposants attendus chaque année. «Dès que la foire se termine, on pense déjà à la suivante. Il faut toujours de nouvelles idées et se projeter vers l’avenir», s’enthousiasme celui qui n’est pas prêt à raccrocher. De ses engagements pluriels, il garde la joie de continuer à apprendre mais aussi d’être bien entouré de ses équipes. À 73 ans, Jean-Pierre Laparra n’élude pas le sujet de l’après. «Ma succession est un sujet que je prépare en conscience». Il sait aussi que, sans le soutien de sa femme, il n’aurait jamais pu s’investir autant à et pour Verdun, sa ville de cœur qui guide tous ses projets.