Il ne veut rien faire comme "les autres", quitte à partir en solitaire. L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, qui refuse de se classer à droite ou à gauche, multiplie les déplacements en vue de la présidentielle.
Rennes, Caen, Fort-Mahon-Plage ces dernières semaines. Strasbourg mardi.
D'abord pour une table ronde autour du dialogue entre les religions, une réunion avec ses militants, puis un rendez-vous à l'invitation d'une association de Sciences Po Strasbourg devant un public principalement composé d'étudiants, dont certains n'étaient pas encore nés quand il était à Matignon.
Le chiraquien, malgré ses 72 ans, plaît à une partie des jeunes générations.
Dans l'amphithéâtre de Sciences Po, Helin Cifci, 22 ans, apprécie celui qu'elle trouve "très éloquent, très charismatique".
L'étudiante penche généralement pour La France insoumise. Mais si Dominique de Villepin vient de la droite, elle dit admirer sa défense des Palestiniens.
Le sujet vaut d'ailleurs à l'ex-Premier ministre des applaudissements quand il lance que "le monde entier se tait" sur la situation humanitaire à Gaza.
Sur l'international, l'ancien ministre des Affaires étrangères parle avec la légitimité de celui qui incarna le "non" français à la guerre en Irak en 2003.
Mais c'est sur le terrain national qu'il doit s'imposer.
Entre des réponses sur Donald Trump ou l'Iran, il développe donc ses arguments sur le besoin de justice sociale, ou de répartition des richesses.
Il juge ainsi qu'il faut "corriger" les mécanismes qui permettent aux plus riches d'échapper aux impôts, tout en prévenant qu'il ne faut pas trop taxer les jeunes entreprises pour les laisser se développer.
Les boîtes
Dominique de Villepin, de droite? De gauche?
La question lui a déjà été posée tant de fois qu'il sait parfaitement l'éluder.
"On continue dans la société française à vouloir nous enfermer dans les boîtes. Moi j'ai toujours refusé les boîtes et j'ai jamais tenu dedans d'ailleurs", répond-il aux étudiants.
Théana Wurtz, 22 ans, voit cela comme une parade efficace contre une "polarisation" de la vie politique qu'elle regrette.
Pour Axel Raynaud, un autre étudiant, il est au contraire temps qu'il se "positionne" franchement afin d'être candidat plutôt qu'"intellectuel".
Pour l'instant, l'ex-Premier ministre n'est pas officiellement dans la course à l'Elysée et ne semble pas pressé de se déclarer. Même si des jalons sont posés.
Il affirme avoir tiré les "leçons" de son éphémère candidature en 2012, avortée faute des 500 parrainages requis pour pouvoir se lancer.
Cette fois, une centaine de personnes se consacrent à la quête de ces précieux appuis, qui peuvent venir notamment de maires, de parlementaires...
Il a lancé en mars les Cercles Humanistes, incarnations locales de son parti La France Humaniste.
Ses équipes revendiquent environ 900 cercles actifs - censés concentrer chacun entre 5 et 20 militants - à travers le pays.
Certains de ces groupes, encore très bourgeonnants, organisent des événements pour se faire connaître. Telle une "course à pied humaniste" à Paris, une "pétanque humaniste" à Marseille, ou, plus classique, des apéritifs "humanistes".
Statuettes et cabris
Sa précampagne a été marquée par l'affaire des statuettes, que le lobbyiste Robert Bourgi a assuré lui avoir offertes de la part du président du Burkina Faso Blaise Compaoré et d'un homme d'affaires italien.
Dominique de Villepin assure qu'il n'en connaissait pas l'origine mais a reconnu une "erreur" et donné ces objets au ministère des Affaires étrangères.
Pour l'heure, certes populaire, il est très largement distancé dans les intentions de vote.
A un petit groupe de journalistes, il explique avoir vu ses concurrents "bondir comme des cabris" dans la course présidentielle depuis les élections municipales.
Mais lui estime profiter d'une "position singulière" en étant hors des grands partis.
Il parie sur le fait que les Français ne voudront pas voter pour ceux "qui ont gouverné depuis dix ans".
Dans son esprit, cela handicapera Gabriel Attal et Edouard Philippe, ex-Premiers ministres d'Emmanuel Macron.
Mais s'il revendique une solitude choisie, où ira-t-il chercher ses alliés? Dominique de Villepin se contente pour l'instant d'expliquer qu'il veut rassembler et "créer un collectif qui va surprendre".
"Une campagne, ça n'a d'intérêt que si on la fait différemment", dit-il. "Moi, toute ma vie, je n'ai jamais fait ce qu'on attendait de moi. Et je n'ai pas l'intention de changer."