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Violences : pour Gérald Darmanin, l'opportunité de revenir en première ligne

Deux déplacements dans des tribunaux et trois plateaux de télévision en 24 heures, des instructions toujours plus fermes aux procureurs : discret depuis l'affaire Lyhanna, Gérald Darmanin ambitionne d'incarner l'autorité retrouvée après le 17 octobre, en...
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin  lors d'une réunion de crise interministérielle présidée par le président Emmanuel Macron à l’Élysée,le 18 octobre 2026 à Paris © Ludovic MARIN

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin lors d'une réunion de crise interministérielle présidée par le président Emmanuel Macron à l’Élysée,le 18 octobre 2026 à Paris © Ludovic MARIN

Deux déplacements dans des tribunaux et trois plateaux de télévision en 24 heures, des instructions toujours plus fermes aux procureurs : discret depuis l'affaire Lyhanna, Gérald Darmanin ambitionne d'incarner l'autorité retrouvée après le 17 octobre, en miroir des déboires du ministre de l'Intérieur.

Il s'était d'abord distingué par une grande discrétion, début octobre, en laissant Edouard Geffray et, déjà, Laurent Nuñez, ses collègues de l'Education nationale et de l'Intérieur, se dépêtrer du mouvement de colère de la jeunesse - éternelle hantise de tous les politiques. 

L'intensité des violences et pillages survenus ce week-end et surtout les critiques généralisées contre la gestion du maintien de l'ordre ont finalement donné l'opportunité à Gérald Darmanin de reprendre la main puisque, selon lui, "la sécurité n'a pas été constatée" et "l'Etat a failli".

Au 20H de TF1, lundi, il rappelle ses instructions d'"extrême fermeté" envoyées à tous les parquets, avec la possibilité de qualifier certains faits de "criminalité organisée" avec des gardes à vue de 72 heures, manière d'être "impitoyable avec les casseurs". 

Mardi midi, en déplacement au tribunal de Lille - il s'était rendu à celui de Paris la veille et ira à Marseille mercredi - il a poursuivi le décompte des incarcérations : "environ 150", une réponse destinée à augmenter puisqu'"il y a plus de 800 personnes qui sont déférées devant un tribunal".

Une critique contre Laurent Nuñez ? "Moi, je ne tire pas sur quelqu'un qui a (connu) - peut-être - des difficultés", a dit, feignant la magnanimité, Gérald Darmanin mardi matin sur CNews, en contestant au passage l'expression "délinquants d'opportunité" chère au ministre de l'Intérieur. "Délinquants" tout court, corrige-t-il.

Lundi, sur France 2, il avait déjà relevé que "c'est toujours très difficile de lutter contre le désordre public", puisqu'"il faut beaucoup de fermeté et ne pas être surpris". Pour mieux se comparer avec son successeur indirect à Beauvau : "Quand j'étais ministre de l'Intérieur, on a eu à gérer pendant cinq jours des émeutes en 2023, nous n'avions pas été surpris parce que nous avions des bons renseignements..."

Or, a rappelé Gérald Darmanin, "il y a une faute, samedi: (Laurent Nuñez) l'a reconnu lui-même et il a proposé sa démission" - en jurant que le président de la République avait eu "raison" de la refuser. 

Avant de renvoyer le ministre de l'Intérieur à un statut de simple "haut fonctionnaire", qui "n'a évidemment aucune ambition politique", quand l'intéressé était pourtant jusqu'alors toujours le deuxième ministre le plus populaire du gouvernement... derrière Gérald Darmanin.

Équation ardue

Près de cinq mois après la catastrophique affaire Lyhanna, qui l'avait conduit à présenter ses excuses - mais pas sa démission - le garde des Sceaux, qui se défend de "faire de la politique politicienne", entend ainsi reprendre la main.

"Il considère que la politique, ce n'est que du rapport de force", rappelle un ami, quand un conseiller gouvernemental constate que Gérald Darmanin "est le seul dont la surface politique permet à Sébastien Lecornu", intime du garde des Sceaux, "de le laisser en première ligne".

Soutien d'Edouard Philippe depuis qu'il a renoncé à ses propres ambitions présidentielles, le ministre de la Justice a d'ailleurs gardé l'un de ses coups contre l'autre prétendant élyséen de la majorité, Gabriel Attal, qui avait réclamé l'instauration de l'état d'urgence. "On peut très bien rétablir l'ordre sans", lui a-t-il répondu.

Reste que son équation, à six mois de l'élection suprême sur fond de macronisme déclinant, apparaît ardue.

Car celui qui fut membre de tous les gouvernements depuis 2017, à l'exception de l'éphémère équipe Barnier, prend soin de ménager le président : il a notamment assuré que le chef de l'État avait été "très clair" dans ses consignes depuis les épisodes de violence.

Tout l'inverse du candidat Edouard Philippe, qui a lui fustigé l'absence de "décisions et initiatives" d'Emmanuel Macron, avant d'asséner que "notre pays a besoin d'être commandé".

Un hiatus ? "J'adore Gérald, mais il ne faut pas qu'on le voie trop non plus, parce qu'il est là depuis dix ans", prévient un intime du maire du Havre. En se faisant encore plus clair : "On ne va pas recycler tous les mecs de chez Macron qui ont été au pouvoir".