Syndicats et manifestants ont défilé vendredi pour des hausses de salaires sur fond de guerre au Moyen-Orient et contre la remise en cause du caractère férié et chômé du 1er-Mai, en ce jour où de nombreux boulangers et fleuristes ont fait travailler leurs salariés, avec le soutien de l'exécutif.
Entre 158.000 personnes selon la police, et plus de 300.000 selon la CGT, ont défilé en France. Une participation conforme à celle de l'année passée pour ce 1er-Mai qui tombait un vendredi et pendant les vacances scolaires de certaines régions.
A Paris, la mobilisation a été moindre qu'en 2025: de 24.000 selon la police à 100.000 selon la CGT (contre 32.000 l'année dernière, selon les autorités).
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a relevé sur X que les rassemblements se sont déroulés "dans leur grande majorité dans le calme", avec 15 interpellations en tout, dont sept à Paris.
"Ce n'est pas le vol du 1er-Mai qu'il faut mettre à l'ordre du jour du Parlement. C'est un grand plan pour l'augmentation des salaires", a estimé la numéro un de la CGT Sophie Binet, à côté de Marylise Léon, son homologue pour la CFDT, en tête du cortège parisien.
Mme Binet a demandé vendredi dans une lettre au Premier ministre Sébastien Lecornu une hausse du Smic de 5% et une indexation des salaires sur les prix.
Marylise Léon réclame, elle, une augmentation du Smic en raison de l'inflation mais aussi des négociations dans les branches professionnelles.
Pour montrer leur soutien aux boulangers qui veulent faire travailler leur salariés -une tolérance en ce 1er-Mai, sous réserve de volontariat et de salaire doublé, selon le gouvernement- Sébastien Lecornu s'est rendu dans une boulangerie en Haute-Loire et Gabriel Attal est brièvement passé derrière le comptoir d'une autre à Vanves, près de Paris.
Sébastien Lecornu a aussi parlé au téléphone avec un boulanger de l'Isère contrôlé par l'inspection du travail après avoir ouvert sa boutique avec ses salariés, Gabriel Attal notant dans le Figaro que si la proposition de loi qu'il portait avait été adoptée, "il n’y aurait pas de verbalisation".
"Les responsables politiques qui vont dans une boulangerie, ça fait partie d'une politique spectacle dont on n'a pas besoin aujourd'hui. On a besoin de donner à voir ce qu'est la réalité d'un salarié en boulangerie", a commenté Marylise Léon.
Devant le rejet unanime des syndicats, le gouvernement avait écarté une proposition de loi de Gabriel Attal visant à élargir le travail salarié en ce seul jour obligatoirement férié et chômé. Il a recentré cette autorisation sur les seuls artisans boulangers et les fleuristes, sous réserve d'accords dans ces branches, à travers un nouveau projet de loi.
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou avait appelé à "l'intelligence collective" quant à l'application des règles cette année, assurant n'avoir donné aucune instruction aux inspecteurs du travail.
Sébastien Lecornu a confirmé qu'il y avait eu des contrôles sans en préciser le nombre. "Les contrôles, c'est normal. Y compris parce qu'il y a des conditions, notamment le volontariat du salarié, et ça c'est pas négociable".
"On a raisonné comme un 1er-Mai classique, il n’y a pas de flou, le droit n'a pas changé", a assuré l'inspectrice du travail et responsable CGT Céline Clamme.
On n'a pas hésité
La grande majorité des 308 cortèges ont manifesté pacifiquement. A Nantes, où 4.000 personnes ont défilé, un policier a toutefois été blessé au visage lors d'incidents, selon la police, et à Lyon, où la préfecture a décompté 6.500 manifestants (12.000 selon la CGT) et quatre interpellations.
A Toulouse, entre 5.500 personnes (police) et 12.000 (CGT), ont manifesté "pour nos salaires, pour nos retraites, contre l’extrême droite et pour la paix", selon la banderole de tête.
"Avec toutes les attaques contre le droit du travail", le 1er-Mai "est une date importante pour les défendre et dire qu'on n'est pas d'accord avec le chemin que la politique prend en France", estime Clara Pinault, enseignante, dans le cortège nantais.
Vendredi, un certain flou régnait dans les rues où quelques supérettes de chaînes à Paris et dans l'agglomération bordelaise étaient ouvertes malgré l'interdiction, a constaté l'AFP.
Côté boulangeries, le président de la Confédération nationale de la boulangerie et de la boulangerie-pâtisserie française, Dominique Anract, avait assuré que 70% d'entre elles seraient ouvertes.
"On n'a pas hésité une seule seconde à ouvrir. Il n'y a aucune logique à ce que des fast-food puissent ouvrir et les boulangeries non", a témoigné Morgane, depuis sa boulangerie à Mérignac, près de Bordeaux, préférant garder l'anonymat.
Pour Elisa Brugère, vendeuse chez un fleuriste à Bordeaux, "c'est très important de travailler" en ce jour associé au muguet. "En plus, on est payé double, ça fait une petite compensation."