Se diversifier tout en lissant la charge de production au fil de l'année... Des objectifs que les exploitations agricoles partagent avec n'importe quelle autre entreprise. Pour y répondre, Pascal et Laetitia Dehosse à Grigneuseville (EARL du Bellevent) ont lancé, il y a quatre ans, la production de miscanthus. Un choix fort et assumé. «Notre objectif, c'était la diversification, explique Laetitia Dehosse. Alors nous avons fait le choix d'implanter 20 hectares d'un seul tenant. Et sur une bonne parcelle.» L'idée détonne dans le paysage agricole : Les exploitants choisissent généralement d'implanter le miscanthus en bandes en bordure de champs, ou dans de petites parcelles peu productives ou difficiles à exploiter. Pour expliquer leur modèle, Laetitia et Pascal Dehosse ont d'ailleurs reçu, fin mars, Hervé Morin, président de la Région.
300 tonnes de litière pour animaux
Le pari semble gagnant. La première récolte a eu lieu au printemps 2024 à l'issue de la deuxième année de pousse. Le rendement était de 11 tonnes par hectare en 2024 et de 16 tonnes en 2025. «En choisissant une bonne parcelle, conduite en agriculture de conservations des sols, nous avons quasiment gagné un an dans le cycle de production», se réjouit Pascal Dehosse. En général, en effet, la première récolte se fait aux alentours de 7 tonnes. Le plein rendement est atteint en quatrième récolte, avec une moyenne nationale entre 10 et 20 tonnes par hectare. Les charges sont réduites, puisqu'à partir de la deuxième année, aucun traitement ni aucune intervention (autre que la récolte annuelle) ne sont nécessaires.
Les agriculteurs grigneusevillais ont aussi (et surtout) assuré le débouché. Une condition sine qua non à la réussite économique du projet. L'implantation du miscanthus coûte en effet très cher (3 500 euros par hectare environ) et se fait pour 20 ans. Pas question de rester avec une récolte non vendue. «Cela faisait peut-être cinq ans que je cherchais des débouchés», précise Laetitia Dehosse, qui avait bien repéré la diversité des marchés qui s'offrait. Récolté sec (autour de 16% d'humidité), le miscanthus peut être immédiatement valorisé énergétiquement dans des chaudières à biomasse. Mais il peut aussi servir de paillage horticole ou de litière pour animaux…
300 tonnes de litière pour animaux
C'est ce dernier créneau qu'a choisi d'exploiter l'exploitation. «On recherchait un débouché local, avec des volumes les plus importants possibles, et sans transformation». Aujourd'hui, 98 % de la production de l'exploitation (300 tonnes en 2025) est commercialisé auprès d'éleveurs principalement laitiers, dans un rayon d'une cinquantaine de kilomètres autour de l'exploitation. Le reste est vendu pour du paillage, au secteur horticole ou à des particuliers. Principalement en vrac, mais aussi de manière très anecdotique, ensaché sous film plastique.
La demande est là. Au point que le couple, qui dispose de fortes capacités de stockage – il faut sept mètres cubes pour stocker une tonne de miscanthus - n'exclut pas de développer cette activité. Jusqu'ici stocké dans un bâtiment annexe, le miscanthus pourrait bien dès l'année prochaine rejoindre le hangar principal qui dispose d'une ventilation. De quoi ajuster éventuellement le séchage. «Si on le peut, nous l'alloterons en fonction de la qualité, pour répondre au plus juste à toutes les demandes, et nous nous donnerons aussi la possibilité d'acheter des récoltes à d'autres producteurs», poursuit Pascal Dehosse. Preuve que le marché est bien là et que l'agriculteur est confiant.
Pour Aletheia Press, Benoit Delabre
11 000 hectares de miscanthus en France
La sole de miscanthus augmente chaque année en France. «On compte environ 11 000 hectares implantés, avec un rythme de plantation qui s'est accéléré, d'environ 1 000 hectares par an», révèle Caroline Wathy, co-dirigeante de Novabiom, entreprise à mission basée en Eure-et-Loir qui se consacre au développement de la culture en France. Les marchés se répartissent équitablement entre l'énergie, le paillage et la litière, avec une valorisation similaire. Le marché de l'énergie est principalement porté par les collectivités avec leurs chaufferies et réseaux de chaleur. En effet, «le miscanthus fait aussi un bon candidat pour la protection de la ressource en eau, ou la lutte contre le ruissellement, par exemple», insiste Caroline Wathy.