En bref

Le guide suprême iranien défie les Etats-Unis, coup de chaud sur le pétrole

Le guide suprême iranien a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à son pays, en pleine remontée des tensions qui ont fait brièvement bondir les cours du pétrole à 126...
Un homme passe devant un drapeau iranien installé le long de la route à Téhéran le 29 avril 2026 © ATTA KENARE

Un homme passe devant un drapeau iranien installé le long de la route à Téhéran le 29 avril 2026 © ATTA KENARE

Le guide suprême iranien a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à son pays, en pleine remontée des tensions qui ont fait brièvement bondir les cours du pétrole à 126 dollars le baril, un niveau inédit depuis 2022.

Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde. 

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

La République islamique a elle à nouveau défié son ennemi, dans un message écrit du guide suprême. "Deux mois après le plus grand déploiement militaire et l'agression menés par les tyrans de ce monde dans la région, et après la défaite honteuse des Etats-Unis, un nouveau chapitre s'ouvre" pour le Golfe et le détroit d'Ormuz, a transmis l'ayatollah Mojtaba Khamenei. Blessé dans des frappes au début de la guerre, il n'a pas été vu en public depuis sa désignation.

Frappes douloureuses

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

Donald Trump l'a jugé "un peu plus efficace que les bombardements" dans un entretien avec le site américain Axios. Selon le même média, le président américain devait néanmoins être briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

Israël, qui avait attaqué l'Iran avec les Etats-Unis le 28 février, a prévenu qu'il pourrait "devoir agir à nouveau" afin que Téhéran ne "redevienne pas une menace", selon le ministre de la Défense Israël Katz.

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, mais la cause de leur déclenchement est inconnue à ce stade, selon des médias iraniens.

Le commandant de la force aérospatiale du corps des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, Majid Moussavi, a averti sur la télévision d'Etat que même une "brève" opération ennemie entraînerait "des frappes douloureuses, prolongées et étendues".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie n'a pas retrouvé ses droits.

Plus grave crise énergétique

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Après ce coup de chaud, le baril a reflué autour de 114 dollars. 

A Téhéran, si la vie a repris son cours, entre cafés bondés et promeneurs profitant du temps printanier, des habitants oscillent entre détresse et fatalisme, sur fond de détérioration de la situation économique et d'affaiblissement de la monnaie.

"C'est tellement démoralisant, la République islamique est toujours en place, des innocents ont vu leurs vies détruites lors de cette guerre", témoigne Morteza, un informaticien joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

"Les Etats-Unis cherchent probablement une action militaire décisive qui obligerait l'Iran à capituler. Cela ne fonctionnera pas", prévient sur X Danny Citrinowicz, chercheur à l'Institut d'études de sécurité nationale de l'université de Tel-Aviv. "Ce que 40 jours de frappes soutenues n'ont pas réussi à obtenir ne sera pas soudainement réalisé" par de nouvelles attaques.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

15 morts au Liban

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

Et la Banque centrale européenne (BCE) a averti de "l'intensification" des risques pour l'inflation et la croissance en zone euro.

Sur le front libanais, quinze personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes dans le sud du pays, selon les autorités, et le président Joseph Aoun a condamné les "violations persistantes" de la trêve par Israël, entrée en vigueur le 17 avril.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.

L'armée israélienne a elle annoncé la mort "au combat" d'un de ses soldats dans le sud du Liban.