En bref

Procès OpenAI: Musk se défend de ressembler à ceux qu'il poursuit

Elon Musk s'est retrouvé jeudi contraint d'expliquer en quoi sa propre commercialisation de l'IA ne "volait" pas plus l'humanité et ne faisait pas courir les mêmes dangers que celle des propriétaires de ChatGPT...
Elon Musk arrive au tribunal à Oakland, en Californie, le 30 avril 2026 © JOSH EDELSON

Elon Musk arrive au tribunal à Oakland, en Californie, le 30 avril 2026 © JOSH EDELSON

Elon Musk s'est retrouvé jeudi contraint d'expliquer en quoi sa propre commercialisation de l'IA ne "volait" pas plus l'humanité et ne faisait pas courir les mêmes dangers que celle des propriétaires de ChatGPT, accusés d'avoir abandonné leur vocation philanthropique initiale.

"Mes réponses ne peuvent pas être complètes si vous me coupez la parole tout le temps", s'est agacé le multimilliardaire en reprenant son duel avec l'avocat d'OpenAI au 4e jour procès qu'il a obtenu contre eux devant un tribunal civil d'Oakland, près de San Francisco. 

Leur pugilat, ponctué d'attaques enveloppées dans des assauts de politesse, s'était interrompu la veille à mi-parcours.

A plusieurs reprise, la juge Yvonne Gonzalez Rogers, chargée de trancher si OpenAI a oui ou non trahi sa vocation non lucrative d'origine, a dû intervenir pour contraindre l'homme le plus riche du monde à répondre sans détour.

Accusé par la magistrate de jouer au juriste en se plaignant des questions "orientées" de la partie adverse, l'incontrôlable capitaine d'industrie de la tech a dû concéder: "Je ne suis pas avocat. Mais bon, j'ai quand même suivi le cours introductif de droit à la fac", a-t-il répondu, un sourire impertinent aux lèvres qui a déclenché les rires de la salle.

Bienfaiteur des fondateurs d'OpenAI, auquel il a donné 38 millions de dollars lors de leurs débuts en 2015-2017, Elon Musk accuse le patron Sam Altman et son associé Greg Brockman d'avoir trahi la mission d'utilité publique de la start-up en la transformant en société commerciale. 

Valorisée à plus de 850 milliards de dollars désormais, elle envisage une entrée en Bourse retentissante.

Celle-ci se retrouverait bloquée si le patron de SpaceX obtient ce qu'il demande, c'est-à-dire le retour d'OpenAI au statut de fondation à but non lucratif. 

Une telle issue rebattrait les cartes de la compétition mondiale sur l'IA, à la tête de laquelle OpenAI rivalise avec Anthropic, Google et les champions chinois du secteur.

Charity

Méthodiquement, l'avocat d'OpenAI, Bill Savitt, a tenté de démontrer qu'Elon Musk ressemblait trait pour trait à ce qu'il dénonce: toutes ses entreprises - Tesla, Neuralink, X et xAI, sa propre société d'IA récemment absorbée dans SpaceX - sont à but lucratif, et l'entrepreneur lui-même les présente comme bénéfiques pour l'humanité. 

"Il n'y a rien de mal à diriger une entreprise lucrative", s'est défendu l'homme d'affaires, sous-entendant qu'OpenAI n'avait qu'à emprunter cette voie dès le départ et ne pouvait pas changer d'objectif en cours de route. 

"Vous ne pouvez simplement pas voler une organisation caritative", a-t-il répété, martelant le terme "charity" plutôt que "non-profit" (organisation à but non lucratif).

Pour contrer cet argumentaire, qualifié de manoeuvre pour ralentir un concurrent, l'avocat d'OpenAI a minutieusement conduit Elon Musk à commenter son initiative de février 2025, lorsque ce dernier a constitué un consortium d'investisseurs pour racheter les actifs des créateurs de ChatGPT pour 97 milliards de dollars. 

"Ils étaient en train de voler une organisation caritative et nous devions les arrêter", s'est défendu Musk, admettant qu'il n'avait pas prévu de restituer ces actifs à une structure non lucrative ni de transformer ChatGPT en logiciel libre.

Terminator

A l'inverse, son avocat l'avait amené mardi à se dépeindre en bienfaiteur désintéressé, mû par la sauvegarde de l'humanité face à une révolution technologique périlleuse qu'il ne fallait pas laisser entre les mains de Google ou d'autres compétiteurs âpres au gain.

"Dans le pire des cas, l'IA nous tuerait tous, j'imagine", a de nouveau sorti Elon Musk, sourire en coin, en saisissant une perche de son avocat pour invoquer le scénario du film Terminator.

La juge a pourtant prohibé de parasiter les débats par l'évocation des menaces existentielles de l'IA: "Je trouve ça ironique que votre client, malgré ces risques, soit en train de créer une entreprise dans exactement le même domaine", a-t-elle déclaré à Steven Molo, l'avocat de Musk.

Le long témoignage inaugural d'Elon Musk s'est conclu jeudi matin, mais il pourrait être rappelé à la barre d'ici la fin des débats mi-mai.

Sam Altman, son ancien protégé devenu ennemi, n'a rien perdu jeudi de ces échanges et a quitté dans la foulée la salle. Son audition, autre moment phare du procès, est attendue la semaine du 11 mai, selon son entourage à l'AFP.

Greg Brockman est attendu, lui, dès lundi sur le siège des témoins, sur lequel doit aussi prendre place Satya Nadella, le PDG de Microsoft, premier géant de la tech a avoir soutenu le virage commercial d'OpenAI.