En bref

A Marseille, 30.000 pilleurs et le spectacle douloureux des commerces

Devant une boutique d'achat d'or dévalisée, deux artisans remplacent le rideau de fer, sous l’œil d'un propriétaire terrifié de voir des émeutiers "revenir pour casser". Dans un quartier chic de Marseille, quelques voleurs rôdaient toujours dimanche, au lendemain d'une insurrection qui a compté plus...
Des rues saccagées à Marseille le 18 octobre 2026 au lendemain de la journée de mobilisation nationale contre la "vie chère" © Thibaud MORITZ

Des rues saccagées à Marseille le 18 octobre 2026 au lendemain de la journée de mobilisation nationale contre la "vie chère" © Thibaud MORITZ

Devant une boutique d'achat d'or dévalisée, deux artisans remplacent le rideau de fer, sous l’œil d'un propriétaire terrifié de voir des émeutiers "revenir pour casser". Dans un quartier chic de Marseille, quelques voleurs rôdaient toujours dimanche, au lendemain d'une insurrection qui a compté plus de 30.000 pilleurs selon la préfecture de police.

La journée de mobilisation de samedi - marquée par une intrusion de manifestants dans le hall de la mairie et par l'attaque du commissariat central de la police municipale - a été émaillée par des affrontements constants entre émeutiers et forces de l'ordre, a constaté l'AFP.

Avant une visite lundi à Marseille du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, le préfecture de police des Bouches-du-Rhône a dénombré plus de 30.000 pilleurs dont 8.000 émeutiers au plus fort des émeutes dans la deuxième ville de France.

"Des centaines" de commerces y ont été attaqués, a estimé le président de la région Paca, François de Canson, en réactivant un fonds d'urgence dédié aux victimes d'émeutes.

"La ville s'est pris un chaos", résume Ali, un artisan qui a circulé toute la nuit sur sa moto par peur de se faire voler son outil de travail. 

"C'étaient des monstres, ils cassaient tout ce qui était sur leur passage. Il y avait du monde partout, c'était ingérable", raconte cet amoureux de Marseille, en regardant avec tristesse des boutiques détruites de la rue Grignan et de la rue Paradis.

Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), présent dimanche sur la principale artère commerçante, estime que "la ville a été cassée parce que l'ordre républicain n'a pas pu être assuré".

Charles Koumrouyan, 68 ans, fondateur de la marque de vêtements Armenak, a tenté samedi de s'interposer lorsque son magasin a été envahi par une cinquantaine d'émeutiers. "J'ai eu affaire à des jeunes sans foi ni loi. Ils m'ont bousculé, je suis tombé, ils m'ont piétiné", témoigne-t-il dimanche, "écœuré" et "détruit moralement".

"Ils ont pris tous les téléphones d'exposition, toutes les caisses", raconte Eric, gérant d'un magasin de téléphonie, très sensible aux revendications sur "la vie chère", mais qui souligne que ses huit vendeurs seront lundi au chômage technique.

Ecrins à bijoux, cintres, masques jonchent les rues. Les boutiques révèlent des intérieurs totalement saccagés, à l'instar de Rolex ou Louis Vuitton, mais aussi de l'enseigne de vêtements à prix modiques Celio.

Les casseurs faisaient leurs courses

Un homme d'allure modeste cherche  une chaussure assortie à celle qu'il tient en main, deux dames tirant des caddies espèrent trouver d'éventuels trésors tombés sur la chaussée, tout comme une jeune fille habillée chic.

"Je viens juste pour regarder", dit une passante en promenade avec sa fillette. Soudain un inconnu lui tend un tube de rouge à lèvres tombé au sol, avant de lui demander de surveiller son gros sac, le temps d'aller fouiller la boutique déjà pillée d'un opticien...

Plus loin, la police prend en chasse en voiture un voleur sortant d'une autre boutique.

Chamsudine, un agent de sécurité se tient debout depuis 5H30 devant l'enseigne Lacoste. "Deux groupes sont rentrés ce matin mais sont vite ressortis car il n'y avait plus rien à voler", confie le jeune homme qui "essaie juste de faire de la dissuasion".

Sur le trottoir d'en face, un autre vigile, Max, s'est installé sur un pliant, devant le magasin fracassé d'un marchand d'or.  "Quand je suis arrivé samedi soir, c'était déjà pillé", raconte-t-il. "Les casseurs faisaient leurs courses sans payer, tranquillement, ils en avaient plein les bras".

Joseph Phung, curé vietnamien de la paroisse Sainte-Trinité La Palud, arrivé à Marseille voici trois ans, se dit "triste et choqué".

"Je n'ai pas de mots pour décrire la catastrophe. Il y avait une foule immense de jeunes, je ne sais pas d'où ils venaient. Ils criaient +casse, casse+", décrit-il dans sa ruelle tapissée d'emballages orange Chanel.

"On a le droit de manifester, mais on n'a pas le droit de voler", insiste le frère franciscain, qui promet de "prier pour les jeunes".