Mouvaux : les avocats en première ligne pour défendre la liberté d’expression
Le 7 janvier s'est tenu le premier colloque sur la liberté d’expression judiciaire, face à un parterre de professionnels du droit à Mouvaux, près de Lille. Un sujet d’actualité alors que les attaques envers les avocats et les magistrats s’intensifient en France et à l’étranger.
Le premier colloque sur la liberté d’expression judiciaire s'est tenu à Mouvaux, près de Lille, mercredi 7 janvier. Une date loin d’être
anodine en ce qui concerne ce sujet, puisque le 7 janvier 2015, la
rédaction du journal Charlie Hebdo était victime d’une attaque
terroriste suite à la publication de caricatures du Prophète
Mahomet. 12 personnes sont assassinées, dont huit membres de la
rédaction. Un traumatisme pour les Français, et pour les
protecteurs de la liberté d’expression. La volonté d’avoir un
colloque sur ce sujet était donc logique, surtout que l’objectif
affiché des organisateurs est de faire du 7 janvier la journée
nationale de la liberté d’expression.
Une
vigilance constante pour préserver l’État de droit
Une
volonté d’autant plus forte que les attaques à l’encontre de la
liberté d’expression se font toujours plus violentes, et encore
plus à l’encontre des avocats et des magistrats. C’est le cas
dernièrement avec les menaces formulées par le gouvernement
américain envers «les
magistrats si jamais ils rendaient une décision de culpabilité à
l'encontre de Marine Le Pen»,
comme l’explique Philippe Simoneau, Bâtonnier du barreau de Lille.
«Ces
questions d'ingérence vis-à-vis des magistrats, d'abord, pourraient
se transformer un jour aussi en ingérence vis-à-vis des avocats,
poursuit-il, c'est inquiétant, et je pense que ces mauvaises idées
peuvent progresser dans tous les pays, y compris en France».
L’ère est donc à la vigilance et au soutien, que ce soit pour les
magistrats, les journalistes, mais aussi les élus locaux, «derniers
remparts de la République»,
selon les mots du maire de Mouvaux Eric Durand.
Des remparts à préserver, d’où la présence de nombreux avocats spécialistes du sujet lors de ce colloque, afin d’éviter de sombrer dans un état totalitaire, comme l’explique Ramla Dahmani, sœur de l’avocate tunisienne Sonia Dhamani, emprisonnée par le régime tunisien après avoir critiqué, notamment, l'existence de cimetières et d'autobus réservés aux personnes noires dans certaines régions de Tunisie. Après de longs mois en prison, où son état de santé s’est considérablement dégradé, l’avocate est en liberté conditionnelle, mais doit bientôt faire face à deux autres procès qui risquent de la ramener en détention.
Ramla Dahmani a alerté sur la rapidité avec laquelle les changements de régime politique pouvaient s’opérer : «En Tunisie, nous sommes passés d’une démocratie à un état totalitaire très vite et on ne peut plus revenir en arrière. Nous ne sommes pas à l’abri de cela en France». L’État de droit doit donc être défendu, et c’est «le rôle des avocats, des magistrats et des journalistes, qui en sont garants», conclut Philippe Simoneau.