Le duel entre Christian Estrosi et Eric Ciotti à Nice s'annonçait sans merci mais les rebondissements de l'enquête sur la tête de cochon retrouvée devant le domicile du maire sortant alimentent les accusations de complot et transforment la campagne en scénario de mauvais film.
Depuis des mois, les coups fusent entre les deux frères ennemis, anciens piliers des Républicains qui incarnent désormais la fracture de la droite classique, l'un ayant choisi le macronisme et l'autre une alliance avec le Rassemblement national.
Accusations, petites phrases, "bilan noir" de l'adversaire, transfuges d'une équipe à l'autre, vidéos désobligeantes, tweets assassins ont fait passer les programmes au second plan.
Les deux débats télévisés de la semaine dernière ont viré au "combat de coqs" -selon l'expression employée plusieurs fois sur les plateaux- avec des temps de parole disproportionnés par rapport aux deux candidates de gauche, Juliette Chesnel-Le Roux (PS/PCF/écologistes) et Mireille Damiano (LFI/Viva).
Le duel a pris un premier tournant mi-février, quand un premier sondage, confirmé depuis par plusieurs autres, a donné une nette avance au député UDR/RN Eric Ciotti dans les intentions de vote.
Dans ce contexte, la découverte le 27 février au soir d'une tête de porc accompagnée d'une affiche barrée du mot "connard" avec une étoile de David devant le domicile de Christian Estrosi, fervent partisan d'Israël et dont l'épouse est juive, a d'abord provoqué un rare moment de communion dans la condamnation unanime d'un acte aux relents antisémites.
En moins d'une semaine, deux suspects tunisiens ont été interpellés, dans une ville suréquipée en caméras de vidéosurveillance sous l'impulsion justement de son maire. Ils ont été mis en examen et placés en détention provisoire. L'affaire a pris une nouvelle dimension quand le téléphone de l'un des suspects a révélé des communications avec une proche collaboratrice de Christian Estrosi, qui brigue un quatrième mandat.
Immédiatement, ce dernier a dénoncé une tentative d'infiltration de sa campagne, pointant l'équipe de son rival Eric Ciotti et l'homme d'affaires conservateur Pierre-Edouard Stérin, qui réfute toute implication et entend porter plainte en diffamation.
Manipulation du camp Estrosi ?
Mais mercredi, deux hommes et deux femmes ont été entendus dans le cadre de l'information judiciaire ouverte, entre autres, pour provocation publique à la haine ou à la violence à raison de la religion ou violences aggravées visant un élu public. Les deux hommes étaient encore en garde à vue ce jeudi.
Selon plusieurs sources proches du dossier interrogées par l'AFP, l'enquête semble écarter désormais toute implication étrangère et s'orienter vers une manipulation émanant du camp Estrosi, sans qu'il soit possible de dire à ce stade si le maire lui-même était au courant.
L'un des deux hommes encore en garde à vue est un ancien policier de la Direction de la surveillance du territoire (DST) à la retraite, âgé de 79 ans, reconverti en détective privé.
Selon plusieurs sources proches du dossier, c'est une connaissance du couple Estrosi. Ce qu'a formellement démenti le maire sortant par la voix de son avocat Me Olivier Baratelli.
"Cette affaire semble démontrer chaque jour que mon client est victime d'une infiltration sans précédent dans une campagne électorale, infiltration qui a sans aucun doute été montée et orchestrée de longue date en vue de cette fin de campagne", a ajouté l'avocat.
Le Conseil représentatif des institutions juives (Crif) s'est porté partie civile dans l'affaire mais refuse de commenter dans l'immédiat.
Sur les réseaux sociaux, les railleries fusent. "S'il finit sa carrière politique sur un auto-sabordage, c'est une masterclass", a ainsi lancé un internaute se présentant comme supporter niçois.
Mais M. Estrosi, qui a prévu de réunir ses partisans pour un meeting de fin de campagne à 18H00 devant sa permanence, a aussi vu rejaillir jeudi le fantôme des derniers Grands Prix de Formule 1, dont il a été l'un des principaux instigateurs, sur le circuit du Castellet dans le Var voisin (2018-2022).
Un véritable gouffre financier, dont les collectivités locales paient encore la facture, et qui aura coûté plus de 100 millions d'euros aux contribuables pour quatre courses, selon un rapport encore confidentiel de la chambre régionale des comptes, attendu depuis plus d'un an mais étonnement obtenu par plusieurs médias cette semaine et retweeté opportunément par... Eric Ciotti.