En bref

Affaire Elisa Pilarski: l'émotion de sa famille face à un procès qui s'enlise

Que peut-on entendre en 135 secondes? L'oncle d'Elisa Pilarski a supplié mercredi Christophe Ellul, compagnon de cette femme décédée en 2019 des suites de morsures canines et propriétaire du chien incriminé, de se...
Christophe Ellul, compagnon d'Elisa Pilarski, décédée en 2019 des suites de morsures canines, quitte le tribunal de Soissons le 3 mars 2026 © Francois LO PRESTI

Christophe Ellul, compagnon d'Elisa Pilarski, décédée en 2019 des suites de morsures canines, quitte le tribunal de Soissons le 3 mars 2026 © Francois LO PRESTI

Que peut-on entendre en 135 secondes? L'oncle d'Elisa Pilarski a supplié mercredi Christophe Ellul, compagnon de cette femme décédée en 2019 des suites de morsures canines et propriétaire du chien incriminé, de se remémorer sa dernière conversation téléphonique avec elle.

"L'appel a duré 2 minutes 15, tu entendais s'il y a des chiens qui aboyaient...", a esquissé, depuis le banc des parties civiles, Vincent Labastarde, oncle d'Elisa Pilarski, âgée de 29 ans et enceinte de six mois au moment de sa mort en novembre 2019, le corps lardé de 56 plaies.

Curtis, le chien de Christophe Ellul qu'elle promenait seule ce jour-là dans une forêt près de Soissons (Aisne), est fortement soupçonné par les enquêteurs de l'avoir mordue à mort. Mais le compagnon de la jeune femme doute toujours de ce scénario.

Jugé de mardi à jeudi devant le tribunal correctionnel de Soissons pour homicide involontaire, Christophe Ellul a répété ce qu'il assure être la seule phrase prononcée par Elisa Pilarski lors de cet appel qu'il a reçu à 13H19: "Je me fais mordre par des chiens au bras et à la jambe".

Quelques minutes plus tard, la jeune femme mourait. L'autopsie a fixé son décès à 13H30.

Une phrase qui ne prend pas 135 secondes à prononcer, insiste Vincent Labastarde, un homme corpulent aux cheveux grisonnants et au regard triste, qui imagine, la voix tremblante: "Elisa avait laissé tomber son portable et toi tu étais au bout du fil, tu entendais ce qu'il se passait".

Imperturbable, Christophe Ellul maintient ne se souvenir que de cette phrase, et du fait qu'Elisa Pilarski lui a dit ne pas réussir à retenir Curtis. Ce à quoi il affirme lui avoir répondu de lâcher sa laisse.

Dans le déni

"C'est un peu trouble, pour moi c'est pas clair", réagit Vincent Labastarde avant de s'asseoir.

Depuis l'ouverture du procès, il se tient aux côtés de sa soeur, la mère d'Elisa Pilarski, face à la cour et, le plus souvent, au dos de Christophe Ellul, tout de noir vêtu, à la barre.

C'est face à un débat qui tourne majoritairement autour du chien Curtis, au point parfois d'en oublier Elisa Pilarski, que Vincent Labastarde a demandé mercredi matin à la procureure s'il pouvait s'exprimer.

"On est face à un mur", regrette-t-il face à la presse quelques minutes après sa prise de parole. Christophe Ellul "est dans le déni", assène-t-il, regrettant un procès qui "ne sert pas à grand-chose".

Il ajoute: "Il ne sait plus s'il entendait les chiens aboyer, il ne sait plus s'il entendait les cris de douleur. Je ne sais pas, si c'est ma femme, ça me marque, quoi. Donc, je saurais, je me rappellerais. Lui, non."

Pour Christophe Ellul, le contenu de cet appel est également central. La mention par Elisa Pilarski de chiens, au pluriel, justifie selon lui de penser à une implication d'une meute de chiens de chasse à courre, plutôt qu'à la seule responsabilité de Curtis.

C'est du chinois

Diverses analyses, notamment ADN, ont pourtant dirigé le faisceau d'indices vers le seul Curtis et écarté la responsabilité des chiens de la chasse à courre qui a eu lieu le même après-midi dans la forêt.

D'où la comparution de Christophe Ellul pour homicide involontaire. L'enquête a par ailleurs établi que Curtis était un pitbull, dont l'acquisition est interdite en France, et que M. Ellul l'avait dressé "au mordant", une pratique également prohibée.

"Si Curtis est coupable, piquez-le", insiste régulièrement Christophe Ellul. Mais lui continue de douter: "Je ne peux accuser personne, je n'étais pas là, mais je répète ce que j'ai vu".

"C'est du chinois pour moi, je ne suis pas un expert", dit-il encore à la lecture de l'autopsie, qui décrit les dizaines de morsures sur le corps d'Elisa Pilarski, qui correspondent selon l'enquête aux caractéristiques physiques de Curtis.

Depuis l'ouverture du procès, le prévenu a passé de nombreuses heures debout, interrogé de toutes parts sur ce 16 novembre 2019. "C'est un homme sur la sellette, obligé de répondre de tout", réagit son avocat Me Alexandre Novion.

Après la lecture de l'autopsie, sa carapace se fissure. Assis devant son avocat, Christophe Ellul craque. En silence, il pleure.