Agrobiothers mise sur la réglementation pour accélérer son expansion dans le petcare
En obtenant la première autorisation européenne de mise sur le marché pour ses répulsifs antiparasitaires destinés aux chiens et aux chats, la PME bourguignonne change d’échelle. Pour l’entreprise, cette validation réglementaire est un levier de croissance, dans un marché du soin animal en pleine mutation.
La SAS Agrobiothers, installée à Cuisery (Saône-et-Loire), met sur le marché, courant janvier, la première gamme d’antiparasitaires pour chien et chat disposant d’une autorisation de mise sur le marché européenne (AMM). Ce sésame administratif, obtenu cet été, agit comme un passeport stratégique. Elle place l’entreprise parmi les rares acteurs capables de proposer des produits antiparasitaires conformes au règlement biocides de l’Union européenne, qui prévoit l’éviction progressive des références non autorisées (lire encadré). «La pagaille dans les rayons petcare des supermarchés va s’arrêter. De nombreux produits qui y sont proposés actuellement ne pourront plus être vendus sur le marché européen», détaille Matthieu Lambeaux, président de la SAS.
Une commercialisation en France et à l'étranger
Cette mutation réglementaire, selon son dirigeant, va rebattre les cartes dans les rayons spécialisés et de la grande distribution. Dès janvier, les produits validés seront commercialisés en France et dans plusieurs pays voisins, avant un déploiement prévu en Allemagne et en Europe du Nord en 2026, puis en Italie et en Pologne à l’horizon 2027-2028. Pour obtenir ce résultat, l’industriel a investi un million d’euros et y a consacré près de huit ans.
Cette ouverture européenne accompagne une transformation plus profonde engagée depuis 2020. L’entreprise, autrefois largement positionnée comme grossiste, a recentré son modèle sur ses propres marques et sur le segment chiens-chats, devenu majoritaire dans son chiffre d’affaires (55 millions d’euros en 2025). Vetocanis, Aimé, Bogar ou Tyrol structurent désormais une offre pensée pour le mass market du petcare, tandis que le numérique et l’international gagnent du poids dans les ventes.
Cette stratégie s’est traduite par un choix assumé de réduction du périmètre d’activité : des références à faible marge ont été abandonnées, provoquant un repli du chiffre d’affaires global mais une progression marquée des ventes sous marques propres. «Quand je suis arrivé aux commandes en 2020, nous réalisions 60 % de notre chiffre d’affaires en revendant des produits à faible marge. Sur nos propres marques, nous ne réalisions que 19 millions d’euros, contre 35 aujourd’hui», précise le dirigeant.
Une restructuration des sites du groupe

Le paysage industriel a lui aussi été rationalisé. Agrobiothers s’est partiellement désengagé de son site tunisien dédié aux couchages et a arrêté son unité de graines à Cuisery, tout en conservant les installations. Le site bourguignon concentre désormais la logistique et le siège social avec 50 salariés sur un total de 150, tandis que la production des gammes antiparasitaires est assurée dans l’usine alsacienne de Soultz. En parallèle, la société, détenue depuis 2018 par le fonds d’investissement Gimv, a renforcé sa présence internationale avec l’acquisition de la marque suisse-allemande Bogar et de la danoise KW, spécialisées dans les soins pour animaux.
Face aux grands groupes pharmaceutiques qui dominent le secteur, la PME mise sur sa souplesse et sur un positionnement revendiqué d’entreprise à mission. Une démarche qui, selon Matthieu Lambeaux, se traduit autant dans la conception des produits que dans l’organisation du travail et la politique sociale. Reste à transformer cet engagement et ce nouvel atout réglementaire en avantage durable sur un marché européen en pleine recomposition.
Aletheia Press
Une situation floue dans l'Union européenne

Le marché des antiparasitaires ou biocides pour chien et chat a totalement été repensé par l’Union européenne en 2012. «Les pays ont laissé tout et n’importe quoi sur les rayons donc l’Europe a lancé une période de transition jusqu’en 2030. À cette date, les produits sans autorisation de mise sur le marché ne pourront pas être commercialisés» détaille Matthieu Lambeaux, président de Agrobiothers. Mais peu d'industriels ont engagé des investissements pour répondre à cette réglementation européenne. Ainsi, en 2023, une étude a été menée pour dresser un état des lieux de la réalité des biocides. «Il en est ressorti qu’un produit sur cinq était soit dangereux soit sans substances actives» rebondit Matthieu Lambeaux. Un résultat qui pourrait encourager l’Europe à raccourcir ses délais.