En bref

Après de discrètes municipales, Lecornu entame son agenda du "quotidien"

Particulièrement silencieux aux municipales, Sébastien Lecornu retrouve le Parlement cette semaine, avec la volonté affichée de répondre aux préoccupations concrètes des Français, à défaut de pouvoir s'engager dans de grandes réformes sur lesquelles il risquerait...
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, le 15 mars 2026 à Vernon © Martin LELIEVRE

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, le 15 mars 2026 à Vernon © Martin LELIEVRE

Particulièrement silencieux aux municipales, Sébastien Lecornu retrouve le Parlement cette semaine, avec la volonté affichée de répondre aux préoccupations concrètes des Français, à défaut de pouvoir s'engager dans de grandes réformes sur lesquelles il risquerait d'être censuré à l'approche de la présidentielle.

Devenu lui-même maire-adjoint de Vernon (Eure) mais sans s'être impliqué dans cette campagne où son camp n'a pas brillé, "il veut passer de Premier ministre habile" à faire passer le budget avec l'aide des socialistes "à Premier ministre utile", résume un conseiller.

Celui qui se présente comme un "moine-soldat" reprendra la parole mardi lors de la séance des questions au gouvernement au Palais Bourbon, avant d'ouvrir un débat sans vote mercredi à l'Assemblée nationale et au Sénat sur le conflit au Moyen-Orient.

M. Lecornu dit vouloir améliorer le "quotidien" des Français. Mais il risque surtout, à un an de la présidentielle, d'être cantonné à gérer les urgences, au premier rang desquelles les prix des carburants qui flambent, en raison de la guerre au Moyen-Orient qui se prolonge et d'une intensification des attaques contre les installations énergétiques.

Dans ce contexte international, le Premier ministre prévoit d'accélérer l'actualisation de la loi de programmation militaire, qui sera présentée en Conseil des ministres le 8 avril et arrivera "plus vite" au Parlement qu'envisagé.

Un texte qui fait consensus et qu'il ne manquera pas d'aborder lors du débat mercredi, tout comme sans doute les prix à la pompe.

Profiteur de crise

Pour l'instant le gouvernement, astreint à la discipline budgétaire, temporise et se contente de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs touchés, comme les agriculteurs, les transporteurs ou les pêcheurs, sans baisser les taxes sur les carburants.

M. Lecornu a demandé lundi aux raffineurs d'évaluer leur capacité "à augmenter rapidement et temporairement la production en produits raffinés" dans l'espoir d'"alléger la tension" sur ces marchés, mais leurs marges de manoeuvre semblent très limitées.

"Ce n'est pas ça qui va changer en quoi que ce soit le prix à la pompe", a critiqué mardi matin le député LFI Eric Coquerel, qui demande un "blocage des prix", une solution écartée par le gouvernement en raison d'un "risque de pénurie".

Marine Le Pen (RN), qui appelle régulièrement à un abaissement de 20% à 5,5% de la TVA sur les carburants, a de son côté fustigé les "recettes indues" perçues par l'Etat "profiteur de crise".

La faible participation aux élections municipales, qui n'ont "sacré personne", impose d'"agir concrètement, au plus près du terrain" et dans un esprit de compromis, a fait valoir M. Lecornu dans un courrier aux maires lundi.

Comme les nouveaux édiles, il a présenté dans cette lettre ses priorités: la sécurité, sur laquelle un projet de loi sera présenté mercredi en Conseil des ministres, la simplification, la décentralisation ou encore la santé, avec une réforme des Agences régionales de santé (ARS) annoncée "dans les tout prochains jours".

Couteaux

Mais la fenêtre parlementaire est étroite. Le gouvernement et les parlementaires ne disposent que de quelques mois avant une nouvelle interruption des travaux pour les sénatoriales en septembre, qui seront aussitôt suivies par les débats budgétaires. 

Or les textes sont nombreux, et au gouvernement, "tout le monde aiguise ses couteaux pour faire de la place", rapporte un conseiller ministériel. 

Le chef du gouvernement entend dès à présent préparer le prochain budget, dont les débats s'annoncent périlleux à quelques mois de la présidentielle. Il présidera à cet effet une réunion à Bercy vendredi, où il fera également un point sur le déficit, que le gouvernement promet à 5% en 2026.

Le chef du gouvernement n'a pas la possibilité de présenter de grandes réformes structurelles, étant toujours privé de majorité à l'Assemblée nationale, où son sort reste fragile.

Sébastien Lecornu essaie donc "au maximum de se détacher, il n'est pas dans une logique de chef d'une majorité", décrypte une autre source au sein de l'exécutif.

D'autant plus en période pré-présidentielle, dont "le corollaire, c'est une stabilité gouvernementale" car "on ne peut pas être à la fois sur +qui gouverne+ et sur +qui va gouverner en 2027+", complète un autre.