Dossier

Arc France : un plan de reprise qui évite le pire

Alors que l’avenir du verrier d’Arques se joue devant le tribunal de commerce, le projet de reprise porté par Timothée Durand visant à préserver près de 2 783 emplois semble convaincre. Si les élus locaux se disent soulagés, plusieurs conditions restent cependant à remplir avant le verdict attendu le 20 mars.

À Arc France, le plan de reprise porté par Timothée Durand pourrait préserver 2 783 emplois sur le site d’Arques. © Arc France

À Arc France, le plan de reprise porté par Timothée Durand pourrait préserver 2 783 emplois sur le site d’Arques. © Arc France

«Nous avons évité le raz-de-marée», affirme, ce 12 mars, Alain Méquignon, vice-président de la communauté d’agglomération du Pays de Saint-Omer (Capso), à l'occasion du conseil communautaire exceptionnel dédié à la situation de l’entreprise Arc France. L'élu faisait référence à l’audience du tribunal de commerce de Lille, ce 10 mars, examinant l'unique projet de reprise de la verrerie basée à Arques, porté par le petit-fils du fondateur, Timothée Durand. Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) présenté conserverait 2 783 salariés sur les 3 487 que compte le groupe. Un avis favorable a été donné par l’ensemble des parties prenantes. Le délibéré du tribunal est attendu le 20 mars.

Au total, 704 postes ne seraient pas repris, comprenant plus de 400 départs volontaires. «Bien évidemment, nous devons nous mobiliser pour que ces personnes retrouvent rapidement un emploi», commente Alain Méquignon. Mais l'élu insiste aussi sur l'importance de ce projet et le courage de Timothée Durand. «Il est allé au bout de la procédure. Arc France représente énormément demplois directs, mais aussi indirects : beaucoup dautres entreprises seraient fragilisées si le verrier cessait totalement son activité».

Des négociations serrées avec les créanciers publics

Ce projet reste toutefois conditionné à plusieurs clauses suspensives. Avant même de se présenter devant le tribunal de commerce, Timothée Durand a mené de longues discussions avec les créanciers publics afin d’obtenir un abandon partiel des dettes. «Au total, la dette publique dArc Holdings s’élève à 37 millions deuros. Lentreprise doit 16 millions à l’État, 12 millions à la Région et 2 millions à la Capso. À cela sajoutent près de 6,95 millions deuros dintérêts», détaille Laurent Denis, président de la Capso.

Dans le scénario actuellement étudié, l’État abandonnerait environ la moitié de sa créance, ramenant la dette à près de 10 millions d’euros. Pour la Capso, qui a accordé plusieurs prêts au groupe (2 millions d’euros à Arc Holdings en 2019, 2 millions à Arc France en 2020 et 300 000 euros en 2022), les discussions portent sur une autre solution. Il s'agirait de l’acquisition d’une partie du foncier du site en contrepartie de l’abandon des créances. Une opération qui pourrait être menée conjointement avec la Région.

Un foncier stratégique pour le territoire

«Nous parlons dun foncier denviron 16 hectares qui pourrait être acquis pour un euro symbolique», explique Laurent Denis. Le repreneur devrait toutefois prendre en charge les coûts de démolition et de dépollution nécessaires pour une reconversion. Plusieurs évaluations ont été réalisées : la valeur globale de cet ensemble immobilier est estimée à 25,6 millions d’euros. «Il existe différentes typologies de bâtiments sur le site. Certains peuvent être réhabilités, dautres vendus en l’état, et dautres encore démolis afin de libérer du foncier aménageable», précise le président de la Capso.

Plusieurs pistes sont déjà évoquées. Les bâtiments administratifs pourraient accueillir un projet d’école de musique et un hôtel communautaire, ainsi que des initiatives privées. La maison de maître présente sur le terrain serait, elle, mise en vente. Les entrepôts, qui représentent près de 40 000 m², pourraient quant à eux intéresser des entreprises, soit en l’état, soit après reconfiguration. «Arc pourrait continuer à occuper une partie du site pendant 24 mois, le temps de réorganiser ses activités sur la zone industrielle», ajoute Laurent Denis.

Un projet de reconversion industrielle

L’acquisition pourrait être portée par l’Établissement public foncier (EPF), agissant pour le compte de la Capso et/ou de la Région. «Lintervention de lEPF serait pertinente : il pourrait prendre en charge une grande partie des coûts de démolition et de dépollution du site», souligne le président de la Capso. Jusqu’à 80 % des dépenses pourraient être couvertes. L’aménagement futur de la zone pourrait ensuite être confié à Hauts-de-France Investissements. Par ailleurs, si l’accord est scellé, l’État a accepté d’accorder un accompagnement financier de 4,7 millions d’euros dans le cadre du dispositif «Rebond industriel audomarois».

Dans un contexte de raréfaction du foncier, l’opération représente une opportunité pour la collectivité. Les élus de la communauté d’agglomération l’ont bien compris, : ce 12 mars, ils ont validé le principe de l’opération. Mais ils gardent en tête la dimension humaine du dossier. «Nous noublions pas les familles dont les salariés vont se retrouver sans emploi. Si le tribunal confirme la reprise et que nous obtenons ce foncier, nous réfléchirons soigneusement à son aménagement et aux entreprises à y installer», insiste Laurent Denis. L’ambition est claire : recréer à terme plus de 300 emplois. Une manière, peut-être, de transformer une crise industrielle en nouveau départ pour le territoire audomarois.

Pour Aletheia Press, Lolita Péron Vranesic