Dossier thématique Construction et immobilier
Architectes : acteurs clefs des territoires en devenir
Président de l’ordre des architectes depuis 2020, François Liermann terminera son mandat au printemps 2027. Représentant les 1 800 architectes de la Région Grand Est, il analyse les défis et les enjeux pour une profession d’intérêt général. Rencontre.
Les Tablettes Lorraines: Depuis le Covid, la profession a été confrontée à un enchaînement de crises. Quelles sont les conséquences sur le métier ?
François Liermann : Dès 2020, on a eu un premier gros changement par rapport à nos pratiques qui nécessitent du temps. Et puis, on a enjambé deux époques et on a très vite constaté une augmentation des prix des matériaux de l’ordre de 25-30% ce qui a changé notre façon d’aborder tous les dossiers. Si certains n’ont pas abouti, faute de budget, je dirais presque que les projets qui sortent aujourd’hui datent du Covid. Plus que jamais, le gisement de travail, de réponse adaptée sont dans la rénovation et la mutation, tant face aux problèmes climatiques, qu’au vieillissement de la population ou qu’à la dynamisation des territoires. Il y a là un acte citoyen et conjoncturel à prendre très au sérieux et à adapter aux nouveaux besoins. Les architectes ont les réponses appropriées mais à condition d’être convoqués et reconnus pour être des acteurs clefs des territoires en devenir.
Comment retrouver de la lisibilité pour devenir un acteur incontournable ?
L’ordre a publié un plaidoyer. Notre travail en région, c’est de traduire concrètement ces actions-là dans les différents territoires et d’aller à la rencontre de leurs élus, tisser cette proximité et voir comment nos grandes thématiques peuvent prendre et germer. L’enjeu est de faire comprendre que l’architecture est une solution et que l’architecte est une entité économique comme un artisan. Car il y a vraiment des besoins de «structure d’esprit» d’architecte partout.
Face à des mises en chantier qui s’effondrent, quelle est la place de l’innovation ?
Elle n’est pas tant technique, mais plutôt dans ce que certains appellent la sobriété. On assiste à la fin de la modernité dans le sens où on ne peut plus poser sur un terrain un bâtiment qui fait fi de la bioclimatique, par exemple. C’est la fin de ce système énergivore, ce qui explique la bascule dans une période où il est urgent de réfléchir. L’innovation vient de la méthode d’approche du projet. Elle est dans la relation avec notre client, avec le site. Elle est plus sensible et plus efficace.
Alors que les outils numériques gagnent du terrain dans le bâtiment, est-ce que l’IA s’invite dans le quotidien des architectes ?
C’est un exercice qui n’est pas simple pour notre profession qui s’inscrit dans le temps alors que ces outils-là évoluent chaque jour. La réflexion est engagée pour savoir comment l’utiliser et la mettre au service de l’acte de concevoir et de construire. L’outil doit faire gagner du temps dans un métier responsabilisant et créatif où on ne peut pas faire n’importe quoi. Mais ce n’est pas l’enjeu de demain.
Quels sont justement ces enjeux ?
L’architecte ne doit pas être cantonné à son rôle de maître d’œuvre, mais peut aussi être convoqué pour aider à réfléchir avant d’agir, lors d’études préalables, de faisabilité, de vocation, sur des bâtiments existants ou encore des friches qui représentent un vrai gisement. L’autre enjeu est lié au vieillissement de la population avec de plus en plus de logements qui se vident ou inadaptés. Nous devons leur donner une nouvelle vie pour les faire muter en lien avec les spécificités des territoires.
Ressources :
- Le plaidoyer https://www.architectes.org/pu...
- Le programme : un maire, un architecte https://1maire1architecte.org/