La famille de l'ostéopathe jugé à Strasbourg pour viols et agressions sexuelles sur 29 de ses patientes l'a soutenu lundi devant la cour, décrivant un homme "doué" et dépeignant comme courants les gestes sur les parties intimes dont il est accusé.
Pierre Garitte, 37 ans, exerçait depuis 2014 et était implanté à Eschau, à une quinzaine de kilomètres au sud de Strasbourg. Il comparaît libre, sous contrôle judiciaire, et encourt 20 ans de réclusion criminelle.
Il comparaît devant la cour criminelle du Bas-Rhin pour des viols sur huit patientes et des agressions sexuelles sur 23 d'entre elles, "commis par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction".
Les 29 patientes dénoncent des attouchements ou pénétrations des parties intimes en consultation, sans leur consentement.
Lui nie la plupart des pénétrations et toute intention sexuelle dans ses actes. "Nos débats, ce sera la dimension sexuelle de ses actes", a posé son avocat, Yves Sauvayre.
"On parle beaucoup de l'intention sexuelle, qui est intéressante (pour) comprendre un passage à l'acte, éventuellement en matière de peine, mais en matière pénale, peu importe", car ce qui compte c'est "est-ce que les actes ont été commis avec violence, contrainte, menace ou surprise ?", a recadré l'avocate générale, Agnès Robine.
A la barre, Pierre Garitte a reconnu "voir le corps (de manière) trop mécanique", et a expliqué qu'avant d'avoir interdiction d'exercer son métier, il privilégiait le "résultat" plutôt que "l'obligation de moyens" à laquelle son métier l'astreignait. "Ca m'embêtait que les gens continuent d'avoir mal", a-t-il justifié.
Narcissique
Après avoir décortiqué son parcours de vie - sa jeunesse à Roubaix dans une famille recomposée, un accident de ski qui lui a fait découvrir l'ostéopathie, une agression sexuelle qu'il dit avoir subie à l'âge de 11 ans de la part d'une femme - la cour a entendu lundi ses proches.
Son père a défendu bec et ongles un homme "doué des mains" et fustigé la "judiciarisation à outrance depuis MeToo".
Quant à sa demi-soeur, elle a affirmé consulter elle-même un ostéopathe ayant recours à des pénétrations - consenties - quand bien même cette pratique est interdite dans la profession.
Son épouse, qu'il a rencontrée pendant leurs études d'ostéopathie, a reconnu une "faute professionnelle" de la part de son mari, mais a douté de son intention sexuelle vis-à-vis des patientes. Tout en assumant de ne pas avoir lu les témoignages détaillés, pour préserver leurs enfants.
Deux experts ont évoqué une personnalité "narcissique" tendant à outrepasser les règles ou à renverser la culpabilité.
Alors qu'il était déjà sous le coup de plaintes, il faisait signer à ses patients une "lettre de consentement", dans laquelle ils s'engageaient à lui signaler toute "gêne ou incompréhension" de leur part.
"Dans une position de sachant, de soignant, d'autorité, ce n'est pas à l'autre de mettre des limites. C'est inverser la responsabilité, inverser le rapport de forces. On ne peut pas faire ça", a tranché l'expert psychiatre Philippe Goetz.
Une ex-compagne a, elle,, décrit un homme infidèle capable d'accès de violence et d'insister pour avoir des rapports sexuels. Elle a dit n'avoir été "que moyennement surprise" lorsque les enquêteurs l'ont informée des faits qui lui sont reprochés.
Qu'il assume
"Cette affaire révèle une violence profonde: ces femmes ont remis leur corps à un soignant parce qu'elles pensaient que leur vulnérabilité serait protégée par +l'éthique+ même du soin. Et c'est justement cette confiance thérapeutique qui sera au cœur des débats", a déclaré en amont du procès Sendegul Aras, avocate de six parties civiles.
L'enquête a débuté avec la plainte pour viol d'une patiente en octobre 2020, qui a permis de remonter le fil en épluchant le répertoire de patientes du praticien.
Le tabou qui entoure les violences commises par les professionnels de santé se lève progressivement depuis une dizaine d'années, a relevé en amont du procès Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol.
Pour l'une des plaignantes, ce qui importe "c'est que ce procès se tienne" et que l'accusé "assume ses responsabilités", a affirmé à l'AFP Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate d'une autre patiente.
Et "que ça puisse faire résonance chez des personnes qui n'ont pas osé, ou qui n'ont pas pu, ou qui ont cru que c'était de leur faute".